L’australien Sons of Gwalia (SoG),
premier producteur mondial de tantale, contribue pour environ 25%
de l’offre globale et 50% de la production minière
mondiale avec
ses deux mines Greenbushes et Woogina.Après un solide bénéfice
en 2001 d’environ 30 MUS$, SoG doit maintenant affronter un très
vif retournement de tendance (effondrement des cours du tantale de
200 en 2000 à 25 US$/lb aujourd’hui) au plus mauvais moment
(doublement de sa capacité de production et passage de sa principale
mine en exploitation souterraine). D’autre part SoG est
rattrapé par la crise de la partie intermédiaire qui
se révèle le maillon faible de la " supply
chain " : Cabot, leader de la fabrication de poudre
de tantale et important acheteur de concentrés de SoG a en effet
assigné en justice deux de ses principaux clients fabricants
de condensateurs, Kemet et Vishay, pour rupture de contrat (fig. 1).
Par effet de ricochet, et juste au moment où SoG annonce une
augmentation de 30% de sa production au 1° trimestre 2002 par rapport à la
même période 2001, la valeur de son action a dégringolé de
34% (fig.2). La dégringolade de
l’action Sog traduit une perte de confiance des actionnaires liée
aux nuages qui s’amoncellent sur l’ensemble de la filière
tantale : problèmes de l’aval de la " supply
chain " qui pourrait rattraper SoG, augmentation mal venue
de la capacité de production, prix du tantale qui poursuit sa
spirale baissière, coûts de production qui augmente à la
mine de Greenbushes avec le passage en mine souterraine, vulnérabilité de
SoG qui devient opéable, nouveaux entrant dans la mine dont
une dizaine de projets pour la plupart en préfaisabilité,
reprise différée de la demande de condensateurs au tantale
pour la téléphonie 3G (UMTS) dont la production massive
n’est pas envisagée au plus tôt en 2003-2004,
menaces de substitutions par des condensateurs au
niobium beaucoup moins cher (6 à 8 $/lb Nb2O5).SoG a certes
les moyens d’affronter un coup de tabac sévère, mais il ne
faudrait pas que la tempête actuelle dure trop longtemps
car les risques sur l’ensemble de la filière
tantale ne
sont pas négligeables lors de la prochaine reprise de la
demande.
La
crise aval de la " supply chain "
Cabot,
principal acheteur des concentrés de SoG et fabricant de poudre qui alimente les
fabricants de condensateurs Kemet Corp et Vishay Intertechnology, est
entré en procès avec ces derniers. Kemet, qui a licencié 2000
employéq fin 2001 et a déclaré une perte de 27M$
pour le seul 4° trimestre 2001 dénonce en effet le contrat
d’achat avec Cabot. Ce contrat à long terme sur 5 ans
a été établi en 2000, en plein boom de l’électronique
et du téléphone portable, lorsque le prix du tantale était
encore de 250-350 $/lb Ta2O5, alors qu’il n’est plus aujourd’hui que
de 20-25 $/lb Ta2O5, c’est à dire proche de son plus bas
historique ! La situation serait identique avec Vishay.En 2000, les
fabricants de condensateurs, pris de panique par la raréfaction de l’offre
et la flambée des cours, avaient procédé à des
achats compulsifs et constitué des stocks qui tardent à se
résorber du fait que la reprise espérée de la
demande début 2002 n’a pas encore eu lieu (la demande
en condensateur est estimée à 23 millions en 2002 par
Roskill). Les retards dans la diffusion massive de la téléphonie
UMTS de 3°G pourraient encore retarder la reprise massive de consommation
de tantale.Par effet de ricochet, SoG
se retrouve maintenant affecté par cette rupture de l’aval
de la " supply chain " et la valeur de son
action a dégringolé de 34% (fig.2). De plus cette chute
intervient juste au moment où SoG annonce une augmentation de
30% de sa production au 1° trimestre 2002 par rapport à la
même période 2001.
Force
et fragilité de SoG
Le
groupe s’est diversifié et
peut donc compter sur ses autres divisions pour supporter la mauvaise
conjoncture sur le tantale; c’est également un producteur
d’or de taille moyenne (13t an) et un producteur de minéraux
lourds. De plus, SoG a profité de l’augmentation exponentielle
de la demande et du prix très élevé du tantale
pour augmenter sa capacité de production. SoG, est a priori
bien protégé des fluctuations de cours jusqu’en
2005, grâce à des contrats à long terme de type " take
or pay " qui couvre 85% de sa capacité de sa production
actuelle. Mais il ne faudrait pas que les problèmes de l’aval
du tantale entre fabricants de condensateurs et de poudre de tantale
rejaillissent sur l’amont. Si ces contrats ne sont pas remis
en cause, la société est couverte jusqu’en 2005,
et on peut espérer qu’à cette date la reprise aura
eu lieu, rehaussant les cours et permettant à SoG de conserver
sa rentabilité et sa suprématie.Le doublement de la production
de SoG et le passage de la production de Greenbushes en souterrain
arrivent juste au moment où les cours du tantale s’effondrent.
A 30 $/lb Ta2O5, la valeur tantale contenu de la tonne de minerai de
Greenbushes n’est plus que de 20 $/t ! Les sous-produits
(Sn : 650t/an, Li : 55000t/an, kaolin : 2500t/an) sont
certes un appoint mais ne devraient pas contribuer à plus de
25% de la recette tantale. Le prix minimum du tantale correspondant
au petit équilibre de la mine souterraine de Greenbushes est-il
atteint ? Par ailleurs, SoG se trouve
aujourd’hui soumis aux effets d’annonce de développement
des nombreux et gros gisements récemment découverts par
le rush de juniors induits lors les cours élevés
du Ta (fig.3).
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Figure
1 : schéma de la "supply chain" du Ta |
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Figure
2 : cours de l'action de SoG sur ASX au 23/04/2002 |
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Figure
3 : Schéma de l ’offre de Ta,
conséquence du " boom " de 2000 |
Notes:
SoG est
l’un des derniers producteurs d’or indépendant
australien de taille moyenne. Le risque serait une OPA qui serait
effectuée par un major qui ne conserverait que l’or,
laissant le tantale dans une société monoproductrice
Le dernierCARTS (Capacitor
and Resistor Technology Symposium) de décembre 2001 a montré
combien la recherche d’alternatives de substitution au tantale
était d’actualité, même si les avis sont très partagés quant .
On sait que les condensateurs niobium, qui existent depuis longtemps,
n’égalent pas en qualité ceux en tantale (hautes fréquences, résistance
aux écarts thermiques). Néanmoins, les cours élevés du tantale
ont encouragé les efforts de substitution qui rappellent celle,
récente, du palladium par le platine pour la catalyse automobile.