Nano-technologies :
Gigarisques à nanoéchelle ?
C.
Hocquard, BRGM/EI2D(Merci à Philippe
Gentilhomme pour sa relecture)
Eric
Drexler a défini
les nanotechnologies comme une rupture technologique à léchelle
moléculaire ou atomique . Elles englobent le domaine
allant de quelques dizaines à quelques centièmes
de nanomètres.
Dans les laboratoires, suite aux découvertes des fullerènes
(1985) et des nanotubes de carbone (1991, cf. image), les recherches
sur les nanotechnologies foisonnent, au point que le préfixe
nano envahit maintenant tous les domaines : nanocomposites,
nanoélectronique,
nanopuces, nanochimie, nanomédecine, etc. Toutefois,
il paraît
important de bien distinguer dune part, le moyen terme,
avec des applications qui résultent de lévolution
normale et continue de la miniaturisation, marquée par
le passage du micro (10-6) au nano (10-9) ;
et dautre
part, le long terme avec lavènement de nanotechnologies
futuristes comme les nanomachines et autres nanorobots autorépliquants
et autoréparables.
Tous
les domaines sont concernés
par les nanotechnologies, et en premier lieu les matériaux
et les métaux. Les impacts indirects liés à leurs
interactions avec lenvironnement représentent
un défi
majeur pour les pays développés. En effet, les
nanotechnologies pourront être à la fois un
vecteur clef de la dématérialisation,
mais aussi une importante source de pollution pervasive, compte
tenu de la variété des éléments
métalliques
impliqués.
On notera
que point nest
besoin dattendre cette perspective environnementale peu
réjouissante à long
terme pour invoquer le principe de précaution. Aujourdhui
déjà, on utilise, de plus en plus de métaux
exotiques en quantités infimes sous forme dalliages
nanophasés
complexes disséminés dans des composants incorporés
dans un nombre croissant de produits dutilisation courante
et à durée
de vie souvent limitée. Que sait-on de la toxicité de
ces métaux et de leurs alliages, alors que ces derniers
sont directement concernés par la prochaine directive
sur les produits chimiques de lUE ? Compte tenu
du nombre colossal de composés
en jeu, ce défi apparaît si énorme que
lon
doute quil puisse être respecté à la
lettre.
Les aléas liés au
développement des nanotechnologies
Les
nanotechnologies paraissent si prometteuses quon oublie vite les risques associés
aux nano-particules. Or, à ces dimensions, les propriétés
physiques et chimiques des matériaux changent radicalement. Dans
cet esprit, la toxicologie classique de certains métaux/alliages
devra être reconsidérée dans le contexte de
réactivités chimiques spécifiques aux échelles
nanométriques. Quid de lécotoxicité de
films moléculaires à doses infimes et sous forme
nanoalliée de produits à base dAs, Co, Te ou
autres métaux exotiques ? La manipulation à léchelle
moléculaire peut-elle créer des contaminants ultra-hasardeux ?
Des nanocharges sont déjà couramment utilisées,
comme les nanoparticules de TiO2 dans les crèmes
solaires ou de suie dans les pneumatiques.
La
taille des objets et leur production-diffusion massive
font que le recyclage n'est ni envisagé ni même envisageable, ce qui devrait générer à long
terme une pollution pervasive et accumulatrice. Comment
imaginer le recyclage des nanoproduits ? Pourtant, cest
maintenant quil convient de lanticiper
car les défis sont énormes : il faudra sans doute oublier
lobjectif illusoire de rentabilité du recyclage pour
instaurer une écotaxe ad hoc, tandis que léco-conception,
déjà indispensable, deviendra critique.
On notera que les nanotubes de
carbone sont des fibres nanométriques qui ressemblent à des
fibres damiante au microscope électronique. Il faut
cependant tempérer ce type de remarque, car la toxicité des
fibres de silicates de Mg nest pas une simple conséquence
de leur morphologie. Ceci dit, la question dune toxicité potentielle
des nanotubes ne peut pas pour autant être éludée.
Pour
le futur, on parle même de réplication automatique (avec autoréparation
de type ADN) : louvrage de science-fiction de Eric Drexler
(1986), "Grey goo" a créé une source dangoisse,
avec des nanorobots qui se reproduisent en se répliquant
et finissent par éliminer toute vie sur Terre. Bill Joy,
le chef scientifique de Sun Microsystem est effrayé par
le risque que des nanorobots utilisés dans le corps humain
comme implants distributeurs de médicaments puissent être
un jour avoir un comportement anormal.
Au
niveau des métaux,
la nanotechnologie peux également induire des effets pervers,
comme le "rebound effect" : le prix de certains métaux
diminuant, les utilisations se multiplient. C'est le cas actuellement
des métaux lourds comme le mercure et le cadmium, dont les
prix ont chuté après avoir été bannis
dans les pays développés, mais qui sont importés
en quantités croissantes par la Chine et l'Inde.
On
assiste déjà à une
radicalisation des débats, avec dun coté le
Rensselaer Nanotechnology Centre (Richard Siegel, un des pionniers
des nanosciences) qui clame qu'il n'y a strictement aucun risque,
tandis que de lautre, des organisations
comme l'ONG-canadienne ETC (Action
Group on Erosion, Technology and Concentration)
et la Science et Environmental Health Network
sonnent l'alarme et demandent un moratoire
sur toutes les recherches en attendant des études
d'impact.
Les
impacts économiques
des nanotechnologies
Selon
lIMM (Institute
for Molecular Manufacturing), le marché des nanotechnologies
pourrait atteindre 30 milliards de USD en 2006. Les nanotubes de
carbone (" CNTs ") devraient atteindre 25%
du marché des nanotechnologies en 2006. Leur
prix actuel est
leur principal défaut (~ 30 USD/kg).
Les impacts
sur les consommations de métaux
En repoussant les limites
des matériaux actuels, on voit poindre la naissance de supermatériaux,
plus résistants que lacier ou le kevlar, qui amélioreront
considérablement les performances mécaniques des matériaux
actuels.
Toutefois, les nanotechnologies
ne consommeront que des quantités infimes de métal. Prenons
les transistors à atomes de cobalt : ces interrupteurs permettraient
de réduire de 60 000 fois la taille des circuits imprimés.
Même si chaque personne de la Terre détenait plusieurs
centaines de circuits contenant ~ 40 millions de transistors,
cela ne modifierait pas pour autant la consommation mondiale
de cobalt (36 900 t/an). En effet, 1 kg de Co contient 6,023
x 1023 atomes,
il y a donc assez d'atomes dans 1 gramme de Co pour fabriquer
plus de 400 processeurs pour chaque habitant de la planète
Il
faut donc percevoir les nanotechnologies comme lun des
vecteurs clef de la dématérialisation.
Si
les quantités
de métaux en jeu resteront infimes, en revanche, les niveaux
de pureté deviendront extrême au point que lon devra
considérer leur élaboration dans des "Nanofoundries".
Référence
- Axe
3 du VI° PCRD, nanotechnologies
- http://www.his.com/~dionychus/nano/nanoindex.html
- Minefi,
DIGITP, Technologies clef 2005, oct. 2000, 316 pages
- Instantanés Techniques, Juin/Juillet/Aout
2002, pages 37-45 (bibliographie)
- Pour la science, N° spécial
Nanosciences au coeur des molécules, Dec. 2001
- Nanocomposants
et nanomachines, ed. OFTA, 2001
- Nanomatériaux, P. Costa, ed.
Techniques de lIngénieur, Matériaux métalliques,
2001
- Réseau de recherche & innovation : mnt.org
- Nanodata.com, nanoforum.org, nano-tek.org,
minamet.com,euspen.org, minatec.com, onera.fr/conferences/nanotubes/index.htm,
optoexpo.com
Machines
et robots moléculaires
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Image
dune roue moléculaire tournant à 1million
de tours/mn |
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Fibres
et rubans macroscopiques de nanotubes de carbone (CNRS,
2000):
G : Nanotube de carbone observé par
microscopie optique (largeur approximative du ruban
: 0,5 mm).
D : Observation par microscopie
optique d'une fibre dense de nanotube (échelle
: le trait blanc correspond à 25 microns).
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Microscopie électronique à balayage
: nanoparticules de ruthénium, 6mm sur l'image représentent
50 nanomètres (nm). (CNRS-INFO N°365) |
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Nanotube
de carbone cristallisé fermé à son
extrémité (diamètre de lordre
de quelques nm) |
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Organisation
de nanoparticules d'argent |
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Ecriture à léchelle
de latome. Carte de France sur couche dOr. |
Depuis 1987, R. Becker (laboratoires Bell)
a pu manipuler des atomes un à un sur une surface en utilisant un microscope à balayage à effet
tunnel, aujourdhui amélioré (microscope dit à champ
proche)
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Un pôle
des nanotechnologies est créé à Grenoble-Isère avec
Nanotec 300 (CEA-Léti projet), Minatec, et Crolles
2 (centre R&D commun à Motorola, Philips et
STMicroelectronics) |
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