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Or : quel avenir pour l’industrie minière mondiale ?

C. Hocquard, BRGM-REM-IE2D

L’OPA, en cours, du major canadien Placer Dome sur l’australien AurionGold constitue l’étape suivante de la consolidation du secteur aurifère mondial, après la reprise de Homestake par Barrick en 2001 et celle de Normandy par Newmont début 2002.

De la part des majors, la logique qui sous tend ces reprises est toujours la même : agrandir sa part de marché bien sur, mais surtout acquérir des réserves en terre (prouvées et probables) de qualité, sous forme d’exploitations en cours et de projets miniers en développement ou dormants.

  • En 2001, lors de la reprise de Homestake par Barrick, les réserves en terre de Barrick sur son gisement phare du Nevada, Goldstrike ont baissé d’environ 5 millions d’onces à cause de l’exploitation et aussi à cause de difficultés d’extraction inattendues qui ont entraîné le déclassement de certaines réserves (prouvées et probables) en ressources. Grâce à l’acquisition de Homestake (et du projet australien de Cowal, acheté à Rio Tinto) Barrick a pu largement compenser sa baisse de réserves en terre au Nevada, surtout par une augmentation de réserves en Argentine-Perou (district de 125 km de long, regroupant le prospect de Pascua Lama appartenant à Barrick avec celui de Veladero, développé par Homestake – selon Barrick, les réserves en terre de ce district dépassent les 25 millions d’onces, soit 750 tonnes d’or). Actuellement, après la fusion avec Homestake, Barrick produit encore 55% de son or en Amérique du Nord où se trouvent également 34% des réserves en terre de la compagnie mais le futur de la société se trouve surtout en Amérique du Sud (Pérou et Argentine : 17% de la production actuelle mais 34% des réserves en terre) et en Afrique (4% de la production 2001 seulement avec le démarrage de Bulyanhulu en Tanzanie mais 15% des réserves en terre).
  • La reprise de Normandy par Newmont début 2002 obéit à une logique assez similaire. Entre 2000 et 2001, les réserves en terre de Newmont ont baissé de 10% environ, surtout au Névada (-2,5 millions d’onces ) mais aussi à Yanacocha (-1,3 millions d’onces) et ailleurs. Avec l’acquisition de Normandy, Newmont peut ajouter à ses réserves en terre, rien qu’en Australie, 50% des 12 millions d’onces du Super Pit de KCGM (exploité à 50-50 avec Barrick), les 11 millions d’onces du projet d’extension de Boddington ainsi que d’autres réserves moins importantes mais d’excellente qualité (coûts de production totaux de moins de 200 dollars l’once). 10-15 millions d’onces d’autres réserves acquises de Normandy (en Amérique du Sud, Afrique…), pourraient faire l’objet prochainement de cessions. Après la fusion avec Normandy, les réserves en terre de Newmont se répartiront (ordres de grandeur) ainsi : 5 M.oz au Nevada, 34 M.oz au Pérou (Yanacocha), 20 M.oz en Australie, 15 M.oz en Indonésie (Minahasa, et Batu Hijau)…Le futur de la société se trouve ainsi lié surtout à ces 3 derniers pays et la part du Nevada, qui représentait encore plus de 50% de la production totale de Newmont seul en 2001 ( 5,4 M.oz) devrait diminuer graduellement.
  • Comparée aux deux fusions précédentes, l’OPA en cours de Placer Dome (Canada) sur AurionGold (Australie) constitue une opération plus modeste (de l’ordre de 1 milliard de US$) mais dont la logique est similaire. Entre fin 2000 et fin 2001, les réserves en terre de Placer Dome ont diminué de 5%, passant de 47 à 44,5 millions d’onces d’or : baisse de 2 millions d’onces de réserves sur les mines canadiennes (Campbell –en fin de vie et Dome) ; baisse aussi de 20% des réserves contrôlées par Placer Dome sur la mine de Porgera en Papouasie. L’OPA sur AurionGold, si elle aboutit, permettrait au groupe canadien d’acquérir environ 6 millions d’onces de réserves en terre australiennes (Paddington, Kanowna Belle, Granny Smith…) ainsi qu’un portefeuille de prospects pour or de bonne qualité, issus de l’exploration " grassroots ". D’autre part , l’australien contrôle 25%, soit 6 millions d’onces environ de Porgera qui, en cas de reprise par Placer Dome, viendrait compléter les 50% de ce gisement déjà détenus par le canadien.
La course au contrôle des réserves en terre de bonne qualité, grâce aux fusions et aux acquisitions, a constitué dans les années récentes et constitue encore actuellement, l’essentiel de la stratégie des grands groupes miniers, qu’ils soient spécialisés sur l’or ou diversifiés (Rio Tinto). Dans cette course, il y a jusqu’à présent un grand perdant, le sud-africain AngloGold. Celui-ci a enregistré entre fin 2000 et fin 2001, une baisse de ses réserves en terre de 22% (de 88 à 68 millions d’onces d’or) dues à la production (6,9 millions d’onces), la cession d’exploitations non rentables en Afrique du Sud (7,4 millions d’onces) et au déclassement de réserves en ressources, également en Afrique du Sud (4,5 millions d’onces). Ceci explique pourquoi AngloGold a lancé l’OPA sur Normandy, perdue au profit de Newmont (voir plus haut). Malgré cet échec et stimulé par sa forte rentabilité financière actuelle, acquise il est vrai, de façon " non-vertueuse ", grâce à la forte dévaluation du rand sud-africain par rapport au dollar, AngloGold pourrait récidiver prochainement avec une autre OPA (qui pourrait être sur Ashanti ou sur Newcrest ou ? ?) ou par le l’achat de gisements ou de participations dans des projets miniers en développement.

Mais ni le nombre de sociétés " opéables " ni la quantité de réserves en terre (gisements identifiés et évalués) de bonne qualité (en termes de coûts d’exploitation) n’est infini, malgré les succès considérables de l’exploration pour or des années 90. Pour faire le point sur ce problème des réserves, quelque majors du secteur (Newmont, Barrick, AngloGold, Placer Dome .. ) ont sponsorisé récemment une étude approfondie, réalisée par une banque d’investissement canadienne (Beacon Group), spécialiste dans les ressources naturelles. Cette étude a examiné 270 gisements d’or connus, dont 200 mines d’or en activité représentant 64% de la production mondiale, en modélisant dans chaque cas les réserves et les ressources à divers niveaux de prix de l’or. Les conclusions de cette étude sont claires : la production minière mondiale d’or devrait baisser de 29% sur la période 2001-2010 avec un prix moyen de l’or sur la période de 275 dollars l’once (scénario de base). Cette baisse se fera sentir surtout à partir de 2005. Même à 300 dollars l’once, la production baisserait sur la même période de 22% et il faudrait que l’or se maintienne durablement (pendant des années) à un niveau compris entre 325 et 350 dollars l’once, pour que la production en 2010 se maintienne au niveau de celle de 2001, autrement dit, pour que suffisamment de projets or soient développés à partir du stock de gisements déjà connu.

L’étude précitée ne semble pas envisager une forte reprise de l’exploration générale " grassroots " (celle qui génère les découvertes de gisements) – selon Beacon, le stock de gisements et projets dormants est très important – un héritage du " boom " de l’exploration des années 90. La reprise de l’activité des juniors en 2002 semble donner raison au consultant canadien. En effet, l’écrasante majorité des financements levés actuellement par les juniors sur les marchés de Toronto, Sydney et Londres est utilisée pour la certification de réserves déjà connues, voir pour la recherche d’extensions, de zones riches ou d’autres activités liées à des gisements déjà connus.

 
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