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Une stratégie minière originale : baisser la teneur d’exploitation en bas de cycle, l'exemple du cuivre

par C. Hocquard, BRGM REM/EI2D

En bas de cycle, c'est à dire en période d'offre excédentaire et de baisse des cours, on constatait jusqu'ici deux comportements de la part des sociétés minières. Il s'agissait :

  • Soit d'écrémer les gisements, c'est à dire exploiter leurs parties les plus riches dans le but d'augmenter la production afin de maintenir la rentabilité de la mine ; aggravant ainsi encore plus le déséquilibre offre-demande.

  • Soit de fermer les mines les plus vulnérables, à coût de production élevés et sans partie suffisamment riche pour résister à la chute des cours.

Une nouvelle stratégie minière vient d'apparaître : il s'agit cette fois de diminuer la production minière en baissant les teneurs d'exploitation. Il s’agit d’une démarche innovante d’auto-régulation de la production primaire vient d'être mise en place par les plus gros producteurs primaires dans le but de réduire l'offre et de ramener celle-ci en équilibre avec la demande, contribuant ainsi à lisser les cycles. Elle traduit aussi un comportement vertueux et plus responsable tant économiquement que du point de vue soutenabilité.

Ainsi, en exploitant les parties à des teneurs plus faibles de leurs gisements*, Codelco, Phelps Dodge, BHPB et Antofogsta ont produit moins de cuivre sans pour autant diminuer les cadences de production. Globalement, la réduction de la production a atteint 750000t de cuivre, permettant de réduire l'excédent de production qui devrait cependant perdurer en 2002 et qui est estimé à environ 150000t.

* Los Pelambres (Antofogasta), Escondida (BHPB), Phelps Dodge (tableau final)

L'idée sous-tendue de cette démarche de flexibilité visant à exploiter les parties les moins riches (mais économiques) en période de cours faibles est de réserver les parties les plus riches des gisements pour les exploiter lorsque les cours seront plus attractifs, maximisant ainsi les bénéfices en haut de cycle des cours.

Ainsi, certains grands gisements de taille mondiale peuvent avoir un effet de balancier ("swing production") permettant de réguler le marché. Cette démarche applicable pour des filières comme le cuivre, relativement concentrée tant au niveau des sociétés que des gisements, ne l'est pas pour le zinc*.

* L'existence de nombreux petits à moyens gisements de zinc à fortes teneurs permet encore à de nombreuses sociétés moyennes de prospérer, ce qui limite la concentration de cette filière.

Malheureusement, cette stratégie n’est pas généralisable à tous les gisements. Ainsi, les gisements à teneurs très basses, sans enrichissements locaux, ou encore dont les parties riches ne sonts pas accessibles à volonté n'ont aucune capacité de suivre cette démarche. C'est le cas en particulier des porphyry copper pauvres du SW des USA où nombre de fermetures sont maintenant définitives (Magma) car au problème de l'effondrement du prix du cuivre s'est ajouté celui du coût élevé de l'énergie. La production minière de cuivre des Etats Unis a ainsi baissé à 1,35 Mt en 2001 et ne devrait pas dépasser 1,1 Mt en 2002, soit la moitié de la production du milieu des années 80. Pour les même raisons, nombre de fonderies et de raffineries ont également été fermées, passant de 48 dans les années 70 à seulement 3 smelters et 4 raffineries aujourd'hui.

Il est intéressant de constater que ces réductions affecte les productions de concentrés sulfurés à l'exception du cuivre oxydé produit par lixiviation acide (SX-EW) ; ce qui reporte les tensions sur les smelters qui se retrouvent en concurrence pour s'alimenter en concentrés et contribue ainsi à orienter à la baisse les coûts de traitement et de raffinage.

Les Etats Unis, qui ont les mines avec des coûts de production les plus élevés ont payé un cher tribut à la crise, faisant des USA le "swing producer"*, rééditant en cela la grave crise des années 80 (tableau ci-après des principales fermetures)

* Les grandes mines les plus fragiles sont mises en "care et maintenance" dès que les cours chutent, mais son réactivées en haut de cycle, jouant donc le rôle de volant (cas du gros porphyry copper à très basse teneur de Highland Valley au Canada).

Par ailleurs, et par rapport aux années 80, on constate de manière plus générale que la réactivité des producteurs miniers aux chutes des cours des années 90 ont été beaucoup plus rapides et se sont traduites par des réductions de production et des fermetures immédiates (cas pour le nickel avec Falcondo en Rep. Dominicaine, filiale de Falconbridge, dont le coût de production est l'un des plus élevé de la filière).

D’après ph. Gentilhomme, on peut rapprocher cette démarche volontaire des pratiques induites par la loi minière/fiscale en Afrique du Sud il y a 10 ans encore (teneur ajustée obligatoirement au cours de l'or).

 

Les plus importantes fermetures

Crises du Cu et fermetures

Morenci

1981

Tyrone

1981

Chino

1982

Bagdad

1984

Bingham

1985

   

Pinto (Magma Copper, BHP)

Mi-90

San Manuel (Magma Copper, BHP)

Mi-90

Robinson (Magma Copper, BHP)

Mi-90

Gibraltar (Canada)

Mi-90

Total

400 000 t

   

Escondida (BHPB)

2001-2002

Tintaya (BHPB

2001-2002

Codelco

2001-2002

Tyrone, (Phelps Dodge)

2001-2002

Sierrita (Phelps Dodge)

2001-2002

Henderson (Phelps Dodge)

2001-2002

Chino (Phelps Dodge)

2001-2002

Total

750 000 t

 

 

 
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