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Diamant : panorama minier mondial (partie 1)

Par J.M. Eberlé; BRGM/EI2D

Rappel gîtologique et historique

Types de gisement

Le diamant est un minéral extrêmement dur (mais néanmoins fragile, en raison d'un clivage aisé), et relativement dense. Comme d'autres minéraux présentant ce genre de caractéristiques, il peut se trouver concentré dans un premier temps dans des gisements primaires mais aussi, ultérieurement, dans des gisements dits secondaires (ou placers) après avoir été, au cours des temps, libéré de sources primaires, puis transporté par un réseau hydrographique et finalement concentré dans des sites particuliers (pièges) au sein d’alluvions fluviatiles, fluvio-glaciaires et/ou marines.

Gisements primaires

. Ce sont pour l'essentiel (des gisements économiques classiques) des cheminées volcaniques d'affinité ultrabasique et potassique qui, naissant à profondeur élevée (- 150 à - 400 km) intrudent et "poinçonnent" la croûte terrestre dans les domaines géodynamiques particuliers que sont les boucliers d'âge archéen et leurs plateformes attenantes (intrusion de kimberlites), ou leurs ceintures mobiles adjacentes (intrusions de lamproïtes). A l'échelle du globe, le point important est l'âge ancien de ces boucliers et le fait qu'il soient restés stables après leur cratonisation; l'âge des kimberlites ou des lamproïtes n'est par contre pas un facteur déterminant. Parce que le diamant n'est pas un composant normal des intrusions kimberlitiques ou lamproïtiques, mais est en fait un minéral seulement prélevé au passage dans une couche profonde péridotidique ou éclogitique, puis véhiculé par les intrusions, l'âge de ces dernières est plus récent que celui des diamants eux-mêmes. Kimberlites, pour l'essentiel, et lamproïtes, de manière plus subordonnée, fournissent la majeure partie des gisements économiques mondiaux. Si kimberlites et lamproïtes sont déjà des volcanites peu fréquentes (quelques milliers connues), les intrusions suffisamment minéralisées pour être exploitées économiquement aujourd’hui le sont encore bien plus (quelques dizaines).

. D'autres roches peuvent aussi contenir du diamant, mais ne constituent pas des gisements économiques, au stade actuel des connaissances tout au moins. Par opposition aux gisements classiques on parle alors de gisements "atypiques", qui incluent principalement certains massifs de péridotites (Tibet), certaines intrusions de basaltes alcalins (Syrie), des volcaniclastites komatiitiques (Guyane française), ou encore des dykes ou sills de tuffisites ultrabasiques (Inde, Ghana, Cote d'Ivoire). Ces gisements atypiques peuvent néanmoins alimenter des alluvions diamantifères.

Gisements secondaires ou placers

Ils peuvent eux-mêmes être subdivisés en plusieurs catégories :

  • . Placers éluviaux et alluviaux proximaux, à graviers peu évolués et localisés sur et en aval immédiat des intrusions primaires (Congo-Kasaï);

    . Placers alluviaux distaux, à graviers plus évolués à bien évolués (Angola, Brésil, Vénézuéla), localisés en aval d'intrusions;

    . Placers fluvio-glaciaires, tillites et sédiments fluvio-glaciaires plus ou moins consolidés (Sibérie);

  • . Placers côtiers et marins, cordons littoraux et graviers marins de plateformes ou gradins côtiers (Namibie).

Suivant l'âge de ces placers et, corollairement, leur degré de consolidation, on peut opposer des paléo-placers connus jusqu'au Protérozoïque (Brésil/Diamantina, Ghana/Tarkwa) aux neo-placers d'age Néogène à actuel. Les placers ne fournissent que rarement de grands gisements, mais leur importance économique est néanmoins significative car d'une part ils fournissent généralement des diamants de meilleure qualité et valeur (tri des pierres par le transport hydraulique), et d'autre part ils constituent la cible de choix des petits industriels et des artisans, comptant tout de même pour 23 % de la production mondiale.

 

Bref historique des productions

Le pôle de production des diamants s'est déplacé ou s'est dupliqué au cours des temps; suivant la succession suivante (voir aussi schéma illustratif) : . L'Inde, le pionnier (- 2000 ans (?) au XVII siècle : c'est là que s'est organisée la première production "marchande", pour un débouché local , mais aussi vers la Perse et l'Europe d'une part, et vers la Chine d'autre part. Les exploitations, décrites par le voyageur français Bertrand Tavernier, portaient sur des paléo- et néo-placers, principalement dans le bassin de la rivière Krishna (sud-est de l'Inde).. Le Brésil, ou la grandeur coloniale (XVII-XVIII-début XIX siècle) : C'est dans ce pays, et plus particulièrement dans le Minas Gerais que s'est développée une exploitation systématique du diamant (et de l'or) faisant la richesse de la couronne portugaise puis de la jeune nation brésilienne. L'exploitation portait encore sur des paléo- et néo-placers (région de Diamantina). L'Afrique du Sud, et la mise en route des premiers grands gisements primaires. Rapidement après la découverte des diamants (1869) est identifié un nouveau type de gisement : les cheminées ou pipes kimberlitiques. La mise en exploitation des premiers pipes coïncide avec l'émergence du groupe De Beers). A un rythme de croissance accéléré, l'Afrique du Sud devient le pays des diamants par excellence. . Le Congo (ex Zaïre), un géant. Avec les gisements du Kasaï et la kimberlite de Bakwanga (une des plus grandes mondiales), les prospecteurs belges ont identifié un des grands producteurs. L'exploitation porte avant tout sur des placers éluvionnaires et alluvionnaires, mais les diamants sont de médiocre qualité.. La Russie, ou la détermination et le courage récompensés. C'est à la fin du dernier conflit mondial que commence l'histoire du diamant russe. Soucieuse de ne plus dépendre de l'étranger pour les diamants industriels, l'Union Soviétique se lance dans un colossal effort d'exploration en Sibérie. Après des années sans résultats, le succès est au rendez-vous avec la découverte de kimberlites minéralisées (1955). La production monte alors en puissance dans les années 60-80 pour faire de l'Union, puis de la Russie, un des grands acteurs mondiaux. Le Botswana, un grand succès de De Beers. La prospection des déserts par De Beers, initiée sur une hypothèse de travail uniquement géologique, mais avec une grande détermination et des techniques innovantes a débouché sur la découverte majeure du champ de kimberlites d'Orapa (1972).. L'Australie, le choc d'un nouveau venu. Bien que l'ile-continent soit géologiquement favorable à la présence de gisements de diamant, De Beers cette fois n'y croyait pas. Pourtant, Ashton, un groupe minier dynamique et inventif, s'attelait à la tâche et mettait en évidence dans le nord ouest du pays un énorme (par sa richesse) gisement - Argyle – (1980) qui allait rapidement accaparer près de 40 % de la production mondiale (en carats), mais avec essentiellement des diamants industriels.. Le Canada, un futur géant ? Là encore, bien que le contexte géologique ait été favorable, les découvertes et la production industrielle de diamant ne sont que très récentes (années 80-90 ; ouverture de la mine d’Ekati en 1998). Mais les succès (Ekati, Diavik etc..) d'une exploration extrêmement dynamique et opérant dans le cadre d'une terre géologique peut-être exceptionnellement prolifique pourrait annoncer l'émergence d'un nouvel acteur mondial majeur.

Schéma illustrant l'apparition progressive des grands acteurs mondiaux du diamant

Production mondiale

Statistiques et diagrammes

Production mondiale 2001 (d’après L. Rombouts, Mining Journal)

Pays

Mines

Tonnes

(x 1 000)

Carats

(x 1 000)

US$/ct

Valeur

(MUS$)

Groupe minier

Afrique du Sud

Venetia

4 602

4 977

85

423,05

De Beers

 

Premier

3 102

1 637

75

122,78

De Beers

 

Koffiefontein

2 299

145

225

32,63

De Beers

 

Kimberley

3 766

550

110

60,50

De Beers

 

Namaqualand

6 083

808

180

145,44

De Beers

 

Finsh

4 768

2 465

70

172,55

De Beers

 

The Oaks

203

124

180

22,32

De Beers

 

Baken

5 835

65

400

26,00

Transhex

 

Autres

230

280

64,40

Divers

 

Artisans

300

250

75,00

Artisans

Total Afrique du Sud

30 658

11 301

101

1 145

 

Angola

Catoca

3 160

2 693

65

175,05

Alrosa/Odebrech/Endiama

 

Luzamba

725

418

210

87,90

SDM(Odebrecht/Endiama)

 

Autres

760

237

180,20

JV's avec Endiama

 

Artisans

2 000

180

360,00

Artisans

Total Angola

3 885

5 871

137

803,15

 

Australie

Argyle

15 100

26 000

11

286,00

Rio Tinto

 

Merlin

270

70

110

7,70

Rio Tinto

total Australie

15 370

26 070

29

293,70

 

Botswana

Orapa

15 779

13 056

50

652,80

Debswana (De Beers)

 

Lethlakane

3 625

1 021

180

183,78

Debswana (De Beers)

 

Jwaneng

8 920

12,339

110

1 357,29

Debswana (De Beers)

Total Botswana

28 324

26 416

83

2 193,87

 

Brésil

PME :Artisans

550

40

22,00

PME ; Artisans

Canada

Ekati

3 685

3685

144

560,64

BHP

Chine

PME/Artisans

150

100

15,00

PME/Artisans

 
 

Congo (R D)

Mbuyi-Maji

5 800

14

81,20

Miba

 

PME/Artisans

13 837

30

415,11

PME/Artisans

Total Congo

19 637

25

496,31

 

Côte d'Ivoire

Artisans

145

120

17,40

Artisans

Ghana

PME/Artisans

450

25

11,25

PME/Artisans

Guinée

PME/Artisans

754

170

128,18

PME/Artisans

Guyana

PME/Artisans

20

80

1,60

PME/Artisans

Lesotho

PME/Artisans

20

190

3,80

PME/Artisans

Liberia

Artisans

155

150

23,25

Artisans

Namibie

Namdeb

21 867

1 385

220

304,70

Namdeb (De Beers)

 

Namco

90

151

13,59

Namco

 

Diamond Fields

27

150

4,05

DFI/Transhex

Total Namibie

21 867

1 502

215

322,34

 

Rép. Centrafrique

PME/Artisans

614

150

92,1

PME/Artisans

Sierra Leone

Artisans

375

180

128,18

Artisans

Russie

Udachnaya

9 000

11 500

85

977,50

Alrosa

 

Jubilee

9 100

5 500

65

357,50

Alrosa

 

Autres

4 400

3 500

90

315,00

Alrosa

Total Russie

22 500

20 500

80

1 650,00

 

Tanzanie

Williamson

2 867

191

145

27 695

De Beers/Etat Tanzanien

Venézuela

PME/Artisans

325

125

40,63

PME/Artisans

 
 

TOTAL MONDE

118 731

66

7 885

 

 

Quelques commentaires

. Plusieurs pays n'apparaissent pas dans le tableau précédent; pourtant certains ont une production, actuelle ou historique, intéressante à signaler :

  • - L'Inde qui possède une petite mine à ciel ouvert (sur un lamproïte) située à Panna, dans le nord du pays, qui produit 25 à 30 000 carats par an.

    - Le Gabon qui a connu a une activité artisanale sur alluvions très limitée, mais avec des diamants de très bonne qualité (Makongonio).

  • - Bornéo enfin a connu une petite production de diamants alluvionnaires dérivés de kimberlites (Pamali) totalement atypiques puisque situées en contexte d'arc insulaire !

. La production de certains pays n’est pas connue avec précision. Ainsi la Chine est donnée ici pour 150 000 carats par an (chiffre le plus vraisemblable) alors que les statistiques de l’USGS lui en accordent largement plus. Pour le Brésil en revanche, les 550 000 carats annuels sont probablement un montant sous-estimé ; en effet la zone de placer de Juina (Matto-Grosso) à elle seule produirait au moins 1 millions de carats et peut être plus, dont la majorité s‘évanouirait en contrebande. . L'Afrique reste pour l'instant "la terre des diamants", avec un pourcentage majeur de la production mondiale (près de 57 %). C'est aussi bien la terre des très beaux diamants (Namibie, Afrique du Sud, Angola, RCA) que celle des diamants industriels (Congo, Ghana). Mais c'est aussi, malheureusement, le continent des "diamants de la guerre", ayant contribué aux conflits récents en Angola, au Congo et en Sierra Leone. . De Beers reste un acteur majeur avec 33 % de la production mondiale, grâce à ses mines d'Afrique du Sud, mais aussi et surtout avec sa présence majoritaire dans la production du Botswana (Debswana) et, à un degré moindre, celle de la Namibie (Namdeb). Les autres acteurs de premier plan sont Alrosa (18 %), maître des diamants de Russie et très présent en Angola, et Rio Tinto (22 %, grâce aux diamants australien d'Argyle. BHP apparaît (3 %) avec la mine d'Ekati au Canada, et montera en puissance avec la prochaine mine de Diavik, au Canada toujours.

. La production de diamants naturels reste sur une pente ascendante, tandis que celle des diamants synthétiques reste relativement plus stable

 

 
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