Fermer la fenêtre

Le marché du manganèse : organisation et perspectives

par

N. Stolojan, R. Pelon, et P. Gentilhomme (BRGM)

Généralités

Le manganèse (symbole Mn) est le 12ème élément le plus abondant de la croûte terrestre et l'un des éléments chimiques les plus polyvalents. Le nom de "manganèse" proviendrait du fait que certains de ses dérivés chimiques présentent des propriétés magnétiques. Bien qu'il s'agisse d'un métal, le manganèse est rarement utilisé en tant que tel, mais constitue une matière première nécessaire à une multitude d'applications, en particulier sidérurgiques : plus de 90% du "Mn" produit est utilisé sous forme de ferroalliages. Le Mn est le 4ème métal le plus utilisé dans le monde après Fe, Al et Cu et avant Zn.

Ordres de grandeur et unités de mesure de la production/consommation de Mn et dérivés

Le minerai de Mn est très souvent mesuré en millions de tonnes brutes (Mt brutes), plus rarement en Mn contenu. La production de ferroalliages est comptée la plupart du temps en kilotonnes brutes (kt brutes).La production mondiale de minerai de Mn est de l’ordre de 19/20 millions de tonnes brutes par an, pour une consommation globale de l'ordre de 7/8 millions de tonnes par an en Mn contenu. Environ 30% de cette production est exportée. La production globale de ferroalliages est de l’ordre de 7 millions de tonnes brutes.

Contexte du marché

Le marché du Mn doit faire face actuellement au danger de la surproduction et à l’émergence de la Chine comme leader incontournable.

1. Les mines de manganèse : ressources, réserves et production mondiale

1.1. Ressources et réserves

Une douzaine de types de minerais de Mn sont commercialisés, le plus courant étant le minerai de pyrolusite (MnO2). Les réserves mondiales sont abondantes: elles sont estimées à 5-6 milliards de tonnes, ce qui représente près de 100 ans de consommation.En revanche, les minerais sont de qualité variable et schématiquement de 2 types:

  • Le minerai riche (" high grade " ou HG : entre 35 et 60 % de Mn) : minerai oxydé (issu du lessivage) qu’on trouve dans les zones intertropicales ; exemple : Gabon. Les réserves de " high grade "seraient de 700 millions de tonnes.
  • Le minerai moyen ou pauvre (" low grade " ou LG : 35% Mn) : minerai carbonaté (voire silicaté) qu’on trouve en zone tempérée ; exemple : Ukraine.

Les réserves de Mn de haute qualité sont concentrées essentiellement en Afrique du Sud, au Gabon, au Brésil et en Australie. Les Etats-Unis, le Japon, et l’Europe (occidentale) en sont presque totalement démunies et leur production d’acier repose donc entièrement sur les importations.Cette qualité des minerais, qui se mesure en teneur en Mn mais aussi en concentrations de Fe, Si, Al ou P est en effet un facteur essentiel pour le traitement en aval. Il détermine notamment le rendement énergétique des fours : typiquement, on ne peut traiter le minerai carbonaté que dans les hauts fourneaux (et non les fours électriques).

A titre d’exemple : selon BHP Billiton, si le minerai utilisé est riche, pour obtenir 1t de HCFeMn (en moyenne à 78% Mn) il faut 1,9 mt de minerai (à 45% Mn) et 2,8 MWh d’électricité. Les pertes dans le laitier représentent 0,7 t à 17% de MnO.Si le minerai initial est pauvre, pour 1t de HCFeMn (titrant alors au maximum 75% Mn), il faut 3 t de minerai (à 28% Mn) et 3,5 MWh d’électricité. Les pertes dans le laitier représentent alors 1,8 t à 17% de MnO.

1.2. Production minière

La capacité mondiale de production de minerai de Mn est évaluée à 47 millions de tonnes par an, ce qui est plus du double de la demande moyenne annuelle de ces dernières années.

La production totale est restée stable autour de 19-20 Mt brutes et à 7,6 Mt en Mn contenu (chiffres USGS). En 1997, les 4 majors (Comilog, Samancor, BHP, Ore&Mineral) contrôlaient 42% de l’offre (3,2 millions de t) ; la Chine à elle seule contrôlait 16% du marché. En 2001, les 4 majors CVRD, Eramet-Comilog, BHP Billiton, Ore&Mineral) occupaient 49% alors que la part des autres producteurs diminuait de 7% à 35%, la part de la Chine restant constante. Historiquement, la part de marché du HG oscille entre 50 et 70% de la production et 80% des exportations, comme le montre la Figure 1. 90% du HG est fourni par 4 pays : Afrique du Sud, Brésil, Gabon, Australie. Le Ghana et l’Inde exportent surtout du LG et le Mexique consomme localement sa production. La Chine et la CEI possèdent de grands gisements de LG mais n’exportent pas de minerai.

Figure 1 : Production mondiale de minerai selon la qualité ; BHP Billiton, 2002.

Le tableau et la carte suivante présentent les productions de minerai par pays et par zones géographiques avec les noms des principaux opérateurs miniers.

Production minière (Mn contenu)

2002

2001

2000

1999

1998

1997

1996

1995

Brésil

1 500

1 430

920

641

819

780

858

905

Afrique du Sud

1 300

1 479

1 580

1 340

1 300

1 320

1 380

1 350

Ukraine

960

930

930

675

755

1 030

1 020

1 100

Australie

890

948

787

926

729

1024

1 020

1 070

Gabon

860

830

800

966

966

878

923

895

Inde

630

600

590

570

610

680

659

627

Chine

500

500

800

1 100

1 200

1 400

1 200

1 000

Mexique

100

100

156

169

187

193

173

174

Autres pays

860

750

710

607

472

377

466

309

Total (arrondi)

7 600

7 567

7 273

6 994

7 038

7 682

7 699

7 430

(Source : USGS)

 

Principales productions mondiales de minerai de Mn (t brutes) - (Source : BHP Billiton, 2002.)

 

Etant donné les participations nombreuses et parfois croisées des producteurs de minerai de Manganèse, il n’est pas inutile de présenter les principaux producteurs de minerai, en terme de production contrôlée. Le tableau suivant illustre la place relative des principaux acteurs de l’offre minière. On distingue ici " acteur " de " producteur " : a titre d’exemple, au Gabon Comilog est le seul producteur, qui rassemble deux acteurs, Eramet et l’Etat Gabonais, qui représentent en prenant en compte leurs participations respectives dans le projet minier 2.33 et 4.46% des parts de marché en 2001. Ce tableau donne les tonnages bruts et ne prend donc pas en compte la qualité des minerais.

Acteur (hors Chine)

Pays

Production minière contrôlée en 2001 (Mt brutes)

Part de marché

en 2001 (%)

1

Etat ukrainien

Ukraine

2.70

11.25

2

BHP Billiton Ltd

Australie

2.23

9.29

3

Cia Vale do Rio Doce (CVRD)

Brésil

1.53

6.38

4

Anglo American plc

Royaume Uni

1.49

6.21

5

Eramet

France

1.07

4.46

6

Ghana Manganese Co Ltd

Ghana

0.81

3.38

7

Anglovaal Mining Ltd

Afrique du Sud

0.68

2.83

8

Ushkatyn Manganese Mine

Kazakhstan

0.65

2.71

9

Assore Ltd

Afrique du Sud

0.62

2.58

10

Etat gabonais

Gabon

0.56

2.33

11

Consolidated Minerals Ltd

Australie

0.37

1.54

12

Grupo Ferrominero

Mexique

0.30

1.25

(Source : Raw Material Data, 2003.)

La Figure 2 illustre les parts respectives des principales sociétés exportatrices de minerai. Le groupe des plus gros producteurs (BHP-Billiton, Eramet, CVRD, Assmang) rassemble de grandes multinationales produisant et exportant une large variété de produits et totalement intégrées verticalement. Les plus petits producteurs sont centrés sur l’exploitation d’un gisement et sont peu intégrés.

Figure 2: Principales compagnies exportatrices de minerai de Mn ; BHP Billiton, 2002.

 

 

Il faut remarquer que 80% du minerai exporté (" sea-borne trade ") est de qualité HG (High Grade ").

1.3. La mine de manganèse en Chine

La Chine possède actuellement les plus grandes réserves de minerai et produit la moitié du minerai mondial. Mais, comme pour le minerai de fer, le minerai chinois est pauvre. Ainsi en 2000-2001, les importations chinoises de minerai de manganèse (riche) ont considérablement augmenté. Les exportateurs ont cru à un effet de substitution : les producteurs locaux d’alliages au Mn. avaient recours au minerai riche importé pour produire les alliages au meilleur coût et destinés à la consommation locale. Mais les exportateurs de minerai (souvent intégrés vers l’aval dans les alliages), comprennent à présent que les importations de minerai par la Chine croissent en même temps que les exportations chinoises de ferromanganèse. Il s’agit donc pour les grands producteurs/exportateurs, intégrés à l’aval de minerai, de limiter leur exportations vers la Chine car pour eux, ce qu’ils gagnent à l’amont ils le perdent à l’aval. La Chine s’intéresse donc de prés aux producteurs/exportateurs de minerai non-intégrés (Ghana, Kazakhstan), tout en consommant également son minerai pauvre plus gourmand en énergie lors du traitement, mais la Chine est moins regardante que les pays occidentaux en matière d’efficacité énergétique.

1.4. Prix du minerai de manganèse

Les prix pratiqués à la vente de minerai sont en grande partie tenu secrets comme clause de contrats à long terme. On peut cependant en suivre les tendances grâce au prix de référence publié (prix des ventes de minerai d’Afrique du Sud vers le Japon).

Historique des prix de référence du minerai ; Source : CML, 2002.

 

Les prix du minerai est donné à l’unité tonne métrique : 1 mtu = 10 kg de Mn contenus. Pour obtenir le prix d’une tonne de minerai, il suffit de multiplier le prix en mtu par la teneur en % : le prix d’une tonne de minerai à 48% de Mn et 2.44 $/mtu est de 117,12 $.

La tendance générale est à la baisse en raison de la grande abondance de l’offre. Les variations du prix du minerai en fonction de la qualité sont très importantes.

1.5. Flux commerciaux de minerai

Environ 30% du minerai produit (compté en Mn contenu) voyage : 40% du HG produit et 16% du LG, mais retenons que 80% du minerai exporté est du HG. Le minerai est soit vendu et acheminé dans le cadre de contrats réguliers, parfois au sein d’un même groupe, soit vendu dans le négoce, domaine plus diversifié et plus opaque (le négoce est probablement important pour le minerai LG).

Flux mondiaux de minerai (tonnes brutes) (Source : BHP Billiton, 2002

 

Les principaux flux de minerai de Mn sont représentés sur la carte ci-dessus. Celle-ci montre en particulier les trajets principaux du HG : l’Europe est le plus gros importateur (notamment par le minerai gabonais), devant la Chine et le groupe Japon + Corée. L’Afrique est le plus gros exportateur de HG (mais ces données comptent le minerai du Ghana qui est en partie du LG).

En 2001, la Chine est devenue le deuxième importateur mondial de minerai après l’Union Européenne, avec environ 1,7 Mt importées.

2. Utilisations du manganèse

Mn est un absorbeur de soufre et d’oxygène et par ailleurs, à haute teneur, un élément d’alliage du fer. Cela explique que Mn soit essentiel à la fabrication de l'acier - qu'il intervienne dans le procédé lui-même, comme agent de désulfuration et comme désoxydant permettant de fluidifier le laitier - ou qu'il participe directement à la composition de l'alliage. Mais Mn est aussi utilisé sous différentes formes pour une myriade d’applications non métallurgiques, pour la plupart chimiques : fabrication de piles, d'engrais, de pigments et de divers réactifs, comme les permanganates...

2.1. Alliages : ferromanganèse et silicomanganèse (environ 90% de la consommation de Mn)

On regroupe dans la filière métallurgique les applications sidérurgiques (largement dominantes) et les applications dans la métallurgie d’autres métaux comme l’aluminium ou le cuivre. Ces applications passent presque toutes par l’étape du ferromanganèse, produit intermédiaire qui est au manganèse ce que la fonte est à l'acier : il est composé de fer, de Mn et de carbone.Pratiquement tous les aciers contiennent du Mn, dans une proportion variant entre 0,05 et 2%. Mn accroît l'élasticité, la dureté et la résistance à l'usure des aciers ; il facilite également le travail de l'acier, empêchant les craquelures lors du formage ou du laminage à chaud. Mn améliore en outre sensiblement la soudabilité et intervient, de ce fait, dans la composition de la plupart des matériaux de soudage pour le fer et l'acier. Lors de la fabrication de l’acier, on ajoute le ferroalliage dans des doses ajustées en fonction de la qualité d’acier recherchée.Les aciers inoxydables contiennent ainsi environ 1 % de Mn (dans certains cas jusqu'à 4 et même 16 %). Les aciers laminables à haute résistance mécanique contiennent de 1 à 1,8 %, pour fabriquer des oléoducs, des coques de navire… L'acier Hadfield, non magnétique et très résistant à l'abrasion, contient 12 à 14 % de Mn et 1,25 % de C : il est irremplaçable pour les croisements de voies ferrées.

On trouve essentiellement trois familles de ferromanganèse (FeMn) :

Produit intermédiaire

Composition moyenne

Application

Ferromanganèse carburé (ou haut carbone, HC FeMn)

Mn : 76-80 %, Fe : 12-15 %, C < 7,5 %, Si < 1,2%

Usage courant

Ferromanganèse affiné (moyen carbone, MC FeMn) et

Ferromanganèse sur-raffiné (bas carbone, LC FeMn)

Mn : 80%, C : 1 à 1,5 %

Aciers fins (tolérances étroites pour les teneurs en éléments d’alliage)

Sur-raffiné : C : ~0.1%

Silicomanganèse (SiMn)

Mn : 65-68 %, Si : 16-21 %, C : 1,5-2 %.

Alliages d’aluminium (famille des duralumins), et certains alliages de cuivre

 

On pourrait ajouter aussi le " spiegel ", alliage à très haute teneur en Mn, dont la demande s’est fortement réduite. On constate une substitution progressive du HC FeMn par le SiMn en raison d’une part des prix relatifs et d’autre part du fait qu’on parvient facilement au SiMn à partir de minerais basse teneur (les plus courants localement).

2.2. Production mondiale d’alliages de Mn

Production mondiale de ferroalliages de manganèse (kt) - Source : USGS, 2002.

 

La production mondiale de ferroalliages est stabilisée autour de 7000 kt/an, tous alliages confondus.

En 1997, la production mondiale était de 7.275 kt et les 4 majors (BHP, Comilog, Ore & Metal and Samancor) représentait13% du marché avec environ 950 kt/an. La Chine produisait alors 1.965 kt et représentait 27% du marché et le reste des producteurs se partageait les 60% restant. En 2001, alors que la production a légèrement augmenté (+3.8%), l’organisation du marché a considérablement changé : les 4 majors ( BHP Billiton, Eramet Comilog, CVRD et Ore & Metal) contrôlent à présent 22% du marché (+9% à 1.660 kt) et la Chine, en augmentant sa production de 15% a augmenté sa part de marché de 3%. Le reste des producteurs se voit donc réserver 48% du marché avec 3.623 kt soit une baisse de 17%.Actuellement, la Chine produit environ le tiers du ferromanganèse mondial, devançant largement l’Ukraine, l’Afrique du Sud, la Norvège, le Japon, etc. . La Chine possède une capacité de production très excessive par rapport à ses besoins. Selon des chiffres 2002 de ImnI, la surcapacité atteindrait en Chine, 42% pour le HCFeMn et 52% pour le SiMn contre respectivement 32% et 22% au plan mondial. Ainsi, la capacité de production totale de la Chine serait de 5.500 kt (brutes), consistant en plus de 2000 entreprises comportant 30 hauts fourneaux et plus de 1000 fours électriques. Par comparaison, la production 2000 a été de 4.030 kt. et la demande nationale de 2.800 kt. Cette situation provoque une concurrence très forte à la fois sur le marché national et à l’exportation où les produits chinois se heurtent fréquemment à mesures antidumping prises par les pays occidentaux. Depuis 1999, le gouvernement a pris certaines mesures destinées à rationaliser le secteur mais l’effet de ces mesures tarde à se faire sentir sur les marchés.

2.3. Consommation mondiale d’alliages de Mn

Les ferroalliages sont commercialisés sous forme concassée et transportés en vrac. Le principal déterminant de la consommation est la production sidérurgique :

  • Or la consommation de Mn par tonne d’acier reste stable depuis les années 1990 : en moyenne 6 kg Mn / t acier (elle était de 7kg dans les années 1970).
  • La production mondiale d’acier est quant à elle animée par la production chinoise : la Chine assure aujourd’hui 17.6 % de la production d’acier (les prévisions porte cette part de marché à 21.6 % en 2007) et 18.5 % de la consommation en (22.2 % pour 2007).

Suivants ces déterminants, la demande mondiale varie entre 4 et 6 millions de tonnes de Mn contenues par an. En 2002, elle s’élevait à 5,2 millions de tonnes de Mn contenues.

La figure suivante montre l’évolution géographique récente de la consommation de ferroalliages (pour la sidérurgie) : la part de la consommation chinoise ne cesse d’augmenter, aux dépens de la consommation européenne (y compris Europe de l’Est et CEI).

(Source : Eramet)

 

Le tableau suivant (tonnes brutes) montre les prévisions de la demande : une légère croissance à court terme mondiale en SiMn (environ 1,8 % en 2003 et 2,2 % en 2004) et une certaine stabilité de la demande en FeMn, carburé ou affiné.

2.4. Prix des alliages de Mn

Les deux figures suivantes montrent l’extrême volatilité des prix des alliages de Mn et les disparités géographiques observées sur la période début 1997à début 2002.

Evolution des prix du HC FeMn ; (CRU, 2002.)
Evolution des prix du SiMn ; (CRU, 2002.)

 

En 2002, certaines ruptures d’approvisionnement ont provoqué des hausses non négligeables, mais, fondamentalement, ces difficultés n’agissent que sur le court terme et la tendance est à la baisse en raison de la surcapacité. Le Mn n’est pas côté au LME et les disparités de prix et de variation sont conséquentes d’une région à l’autre, comme le montrent les figures précédentes.Les prix des alliages de Mn sont restés bas jusqu’à mi-2002, malgré la reprise de la consommation, du fait des stocks accumulés en 2001. S’ils se sont améliorés au troisième trimestre, c’est en raison de certains problèmes chez les producteurs (dont Eramet). Cependant en fin d’année, les prix étaient de nouveau en légère baisse du fait d’incertitudes de la demande et d’une offre abondante.

Les prix SiMn ont plutôt augmenté en 2001 à cause de capacités inférieures et du dynamisme des " minimills" en comparaison aux opérateurs intégrés. Ces minimills sont des petites structures sidérurgiques, généralement plus souples que les structures consolidées : elles consomment volontiers du SiMn à partir du minerai pauvre silicaté pour produire des produits à valeur ajouté maximale.

2.5. Applications chimiques du Manganèse

Mn est l’élément qui offre le plus de valences : de 2 à 7. C’est ce qui explique la grande diversité de composés et applications. Il peut se trouver sous forme de cation (MnO2, chlorure) comme d’anion (MnO- - etc.)

Produit fini

Composant Mn

Propriété ou usage du Mn

Piles

Oxyde (MnO2)

Dépolarisant

Electricité et électronique

Ferrite (alliage Fe) ; manganine (alliage Cu, Mn, Ni)

Résistances chauffantes…

Agrochimie : fertilisant, nourriture animale

Sels

Oligo-élément

Construction : pigments, colorants des briques et tuiles

Oxyde

Colorant (noir)

Verre

Oxyde pur (" savon des verriers)

Polissage

Pharmacie et purification (murs ou eaux)

Pergmanganate (KMnO4) ; produits phytosanitaires

Oxydant violent ; algicide, bactéricide

 

2ème débouché important du manganèse (sous forme d'oxyde), le secteur des piles représente environ la moitié des utilisations chimiques soit 5% total (environ 0.25 Mt/an). Dans les piles salines ou alcalines, MnO2 est utilisé au pôle + en présence de carbone (graphite naturel ou noir d'acétylène) qui augmente la conductibilité électrique. Il est clair que l’évolution de la demande dans les applications non métallurgique n’a qu’un impact marginal sur le marché global du Mn, mais les tendances sont importantes à l’échelle d’une entreprise ou d’une usine. La demande de dioxyde de Mn électrolytique destiné aux piles alcalines est restée faible en 2002 en raison notamment d’une réduction des stocks intermédiaires. Ce secteur avait connu un net recul en 2001 après deux années de forte croissance. C’est le marché américain notamment qui enregistrait à ce moment une baisse de 25%. La tendance à évincer le mercure dans les piles favorise en revanche le recours à du MnO2 de grande qualité. La production mondiale de dioxyde/an est de l'ordre de 400 000 t moitié naturel, moitié synthétique. Enfin, la production mondiale de permanganate est d'environ 40 kt/an, la Chine étant un important exportateur. La demande de sels et oxydes de manganèse destinés à l’agriculture est restée relativement stable. La demande augmente régulièrement et fortement (4 à 6% par an selon Roskill).  : 200 kt en 1997, 250 en 2002 et 300 kt en 2006. L’offre actuelle est donc largement suffisante voire excessive , mais si aucune nouvelle capacité ne démarre d’ici là on peut attendre un équilibre limite en 2007-2008.

2.6. Manganèse métal

Il ne reste plus dans l’industrie du Mn métal que 2 producteurs :

  • MMC : Manganese Metal Corporation (Afrique du Sud) avec deux usines et une capacité de 44 kt.
  • La Chine, avec notamment le futur leader : Tycoon Corporation, Xiushan, qui devrait démarrer la plus grande usine du monde de Mn électrolytique : 30 kt/a de Mn. Cette implantation portera à 53 kt la capacité de l’entreprise et dépassera MMC, leader actuel.

En 2001, la Chine a surproduit à cause de nouvelles capacités ou d’anciennes réouvertes à l’occasion de la montée des prix en début d’année. Ceci a entraîné la formation de stocks importants qui font actuellement gravement chuter les prix. En 2000, les usines avaient fermé à l’inverse à cause des bas prix. Aux Etats-Unis, les 2 usines ont fermé : Eramet en Octobre 2000 et Kerr-Mc-Gee en 2001. A l’heure actuelle, la demande augmente, particulièrement en Chine, à cause de l’utilisation dans l’industrie sidérurgique et dans l’électronique. Si la Chine ne produit en 2002 que 160 kt, elle a une capacité effective de 250 kt, ce qui est déjà excessif.La production mondiale de Mn métal a augmenté de 63% entre 1997 et 2001, de 134 kt à 218 kt. C’est la Chine qui a de nouveau acquis la place de leader, ayant presque triplé sa production : 69 kt en 1997 et 170 kt en 2001. La production du reste du monde a chuté de près de 25 %, de 65 kt à 48 kt.

3. Synthèse et perspectives : surcapacités tout le long de la filière Mn, instabilité des producteurs, rôle prépondérant de la Chine

3.1. Equilibre Offre / Demande de Minerai

La capacité mondiale de production de minerai de Mn est largement supérieure à la demande. En revanche, la consolidation du secteur permet une certaine limitation de la concurrence. De même, l’intégration verticale, notamment pour les producteurs de minerai riche, ainsi que les contrats à terme, permettent de limiter la surproduction et les pressions à la baisse. En revanche il existe un réel risque de substitution HG-LG : les deux types de minerai, depuis peu entrent en concurrence. En effet, l’affluence de minerai pauvre presse à la baisse les prix de tous les minerais, ce qui provoque une augmentation des importations de minerai (notamment en Chine où les standards de qualité demandés sont bas). Celle-ci entraîne à son tour une augmentation de la production d’alliages, une baisse des prix des alliages, ce qui donne une pression à la baisse supplémentaire sur les prix du minerai, et alimente un cercle vicieux en faveur du minerai de type LG au détriment du HG. Cela risque d’isoler la production de qualité en marge d’une production massive de qualité médiocre.

3.2. Equilibre Offre / Demande d’Alliages

L’industrie sidérurgique profite d’une concurrence alarmante entre les producteurs de ferroalliages.

La production chinoise d’acier devrait entraîner une augmentation de la consommation et de la production de Mn. Selon Roskill, la production mondiale pourrait rapidement retrouver des niveaux à 8.2 Mt de ferromanganèse (pic de 1996). L’industrie du Mn connaît de fait une certaine instabilité. Alors que les prix des alliages ont sensiblement baissé depuis les années 1990, ils ont forcé les entreprises à réagir par la consolidation internationale et l’intégration de l’amont à l’aval. Les efforts de réduction des coûts et d’amélioration de la compétitivité ont porté mais ils ont renforcé la concurrence pourtant déjà ardue. Celle-ci a encouragé les producteurs à conserver coûte que coûte leurs parts de marché ou pire à l’augmenter. Ainsi les prix ont-ils été encore poussés à la baisse. Cette tendance se poursuit dans un cercle vicieux, au demeurant classique, mais qui pourrait bien à terme mettre en cause les installations occidentales et européennes en particulier, dont les standards sociaux ou environnementaux sont bien plus élevés.

Si la demande de ferroalliages n’est pas en baisse globalement et si les perspectives de l’industrie sidérurgique en 2003 sont encourageantes pour celle du ferromanganèse, la surproduction est un risque réel étant donné la surcapacité. Le marché mondial du Mn a en effet connu à la fois une baisse des cours et une augmentation de la demande (+1.8% de 2001 à 2002). L'’industrie sidérurgique mondiale a connu en 2002 une année de redressement avec une croissance d’environ 6% (3% hors Chine et 20% en Chine). La situation semble meilleure qu’en 2001 mais les perspectives sont en réalité peu prometteuses hors Chine. La consolidation de l’industrie sidérurgique, si elle se poursuit, risque de fait d’augmenter la pression sur les fournisseurs de ferroalliages.A noter par ailleurs que, depuis plusieurs années, la demande des sidérurgistes européens s'oriente vers des produits plus élaborés et notamment sur des alliages de ferromanganèses affinés à bas carbone. De tels alliages sont produits par four électrique, ce qui explique que l'usine de Boulogne d'Eramet a vu son débouché marchand se réduire progressivement en Europe, s'éloigner géographiquement et devoir alors affronter la concurrence des produits sud-africains, brésiliens et chinois. L’Institut international du Mn mesure les taux de surcapacité mondial pour chacun des ferroalliages et ceux-ci sont alarmants  : 36% pour HC FeMn, 29% pour SiMn et 23% pour MC/LC FeMn au plan mondial en 2002. Les perspectives pour 2004 ne sont guère rassurantes : respectivement 32%, 22% et 17%, la baisse étant prévue essentiellement grâce à un pic conjoncturel de la demande. Il est donc essentiel, du point de vue des entreprises, de promouvoir une " rationalisation " permettant de limiter ces risques de surproduction. Mais ces éléments mondiaux cachent encore des disparités régionales :

  • L’Europe par exemple est certes surcapacitaire en FeMn, mais elle est déficitaire en SiMn.La CEI apparaît rarement dans ces statistiques et possède une surcapacité conséquente au déclin de son activité industrielle depuis 10 ans et aux installations " dormantes ", dont le renouveau éventuel est craint par les industriels occidentaux.
  • La Chine est la principale source de surcapacité : on s’attend à quelques améliorations en 2004, avec des fermeture comptant pour 11 à 16% mais cet effort ne sera pas suffisant.

Ces problèmes de surproduction font craindre de véritables batailles commerciales et les procédures antidumping passées ou en cours pourraient bien se généraliser.

An avril 2002 l’administration américaine du commerce international par exemple a imposé des mesures anti-dumping sur les importations de silicomanganèse en provenance du Kazakhstan, de l’Inde, et du Venezuela. Les taxes s’élèvent à 247.88 % ( Kazakhstan), 24.62 % (Venezuela) et de 15.32 à 20.42 % pour l’Inde. Par le passé, des mesures avaient été prises sur les importations de SiMn en provenance de Chine et du Brésil (prolongées en 1999) et d’Ukraine (rupture de la suspension des taxes obtenue en 1994).

 
BRGM - 3, avenue Claude Guillemin - BP 6009 - 45060 Orléans cedex 2 - France - Tél. : 02 38 64 38 11 - Télécopie : 02 38 64 38 61 Webmaster