Le marché du manganèse :
organisation et perspectives
par
N. Stolojan, R. Pelon,
et P. Gentilhomme (BRGM)
Généralités
Le
manganèse (symbole
Mn) est le 12ème élément le plus
abondant de la croûte terrestre et l'un des éléments
chimiques les plus polyvalents. Le nom de "manganèse" proviendrait
du fait que certains de ses dérivés chimiques présentent
des propriétés magnétiques. Bien qu'il s'agisse
d'un métal, le manganèse est rarement utilisé en
tant que tel, mais constitue une matière première nécessaire à une
multitude d'applications, en particulier sidérurgiques : plus
de 90% du "Mn" produit est utilisé sous forme de ferroalliages. Le
Mn est le 4ème métal le plus utilisé dans le monde
après Fe, Al et Cu et avant Zn.
Ordres
de grandeur et unités de
mesure de la production/consommation de Mn et dérivés
Le
minerai de Mn est très souvent mesuré en millions de tonnes brutes (Mt
brutes), plus rarement en Mn contenu. La production de ferroalliages
est comptée la plupart du temps en kilotonnes brutes (kt brutes).La
production mondiale de minerai de Mn est de lordre de 19/20
millions de tonnes brutes par an, pour une consommation globale de
l'ordre de 7/8 millions de tonnes par an en Mn contenu. Environ 30%
de cette production est exportée. La production globale de
ferroalliages est de lordre de 7 millions de tonnes brutes.
Contexte
du marché
Le
marché du Mn doit
faire face actuellement au danger de la surproduction et à lémergence
de la Chine comme leader incontournable.
1.
Les mines de manganèse : ressources,
réserves et production mondiale
1.1.
Ressources et réserves
Une
douzaine de types de minerais de Mn sont commercialisés, le plus courant étant
le minerai de pyrolusite (MnO2). Les réserves mondiales sont
abondantes: elles sont estimées à 5-6 milliards de tonnes,
ce qui représente près de 100 ans de consommation.En
revanche, les minerais sont de qualité variable et schématiquement
de 2 types:
- Le minerai riche
(" high
grade " ou HG : entre 35 et 60 % de Mn) :
minerai oxydé (issu du lessivage) quon trouve dans
les zones intertropicales ; exemple : Gabon. Les réserves
de " high grade "seraient de 700 millions
de tonnes.
- Le minerai moyen
ou pauvre (" low
grade " ou LG : 35% Mn) : minerai carbonaté (voire
silicaté) quon trouve en zone tempérée ;
exemple : Ukraine.
Les
réserves de Mn
de haute qualité sont concentrées essentiellement en
Afrique du Sud, au Gabon, au Brésil et en Australie. Les Etats-Unis,
le Japon, et lEurope (occidentale) en sont presque totalement
démunies et leur production dacier repose donc entièrement
sur les importations.Cette qualité des minerais, qui se mesure
en teneur en Mn mais aussi en concentrations de Fe, Si, Al ou P est
en effet un facteur essentiel pour le traitement en aval. Il
détermine notamment le rendement énergétique des
fours : typiquement, on ne peut traiter le minerai carbonaté que
dans les hauts fourneaux (et non les fours électriques).
A titre dexemple : selon BHP
Billiton, si le minerai utilisé est riche, pour obtenir 1t de
HCFeMn (en moyenne à 78% Mn) il faut 1,9 mt de minerai (à 45%
Mn) et 2,8 MWh délectricité. Les pertes dans le
laitier représentent 0,7 t à 17% de MnO.Si le minerai
initial est pauvre, pour 1t de HCFeMn (titrant alors au maximum 75%
Mn), il faut 3 t de minerai (à 28% Mn) et 3,5 MWh délectricité.
Les pertes dans le laitier représentent alors 1,8 t à 17%
de MnO.
1.2. Production minière
La
capacité mondiale de production
de minerai de Mn est évaluée à 47 millions de
tonnes par an, ce qui est plus du double de la demande moyenne annuelle de
ces dernières années.
La
production totale est restée stable autour de 19-20 Mt brutes et à 7,6 Mt en
Mn contenu (chiffres USGS). En 1997, les 4 majors (Comilog, Samancor,
BHP, Ore&Mineral) contrôlaient 42% de loffre (3,2 millions
de t) ; la Chine à elle seule contrôlait 16% du marché.
En 2001, les 4 majors CVRD, Eramet-Comilog, BHP Billiton, Ore&Mineral)
occupaient 49% alors que la part des autres producteurs diminuait de
7% à 35%, la part de la Chine restant constante. Historiquement,
la part de marché du HG oscille entre 50 et 70% de la production
et 80% des exportations, comme le montre la Figure 1. 90% du
HG est fourni par 4 pays : Afrique du Sud, Brésil, Gabon,
Australie. Le Ghana et lInde exportent surtout du LG et le Mexique
consomme localement sa production. La Chine et la CEI possèdent
de grands gisements de LG mais nexportent pas de minerai.
|
|
Figure 1 : Production mondiale de minerai
selon la qualité ; BHP Billiton, 2002.
|
Le tableau
et la carte suivante présentent les productions de minerai par
pays et par zones géographiques avec les noms des principaux
opérateurs miniers.
Production
minière (Mn contenu) |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
2002 |
2001 |
2000 |
1999 |
1998 |
1997 |
1996 |
1995 |
Brésil |
1
500 |
1
430 |
920 |
641 |
819 |
780 |
858 |
905 |
Afrique
du Sud |
1
300 |
1
479 |
1
580 |
1
340 |
1
300 |
1
320 |
1
380 |
1
350 |
Ukraine |
960 |
930 |
930 |
675 |
755 |
1
030 |
1
020 |
1
100 |
Australie |
890 |
948 |
787 |
926 |
729 |
1024 |
1
020 |
1
070 |
Gabon |
860 |
830 |
800 |
966 |
966 |
878 |
923 |
895 |
Inde |
630 |
600 |
590 |
570 |
610 |
680 |
659 |
627 |
Chine |
500 |
500 |
800 |
1
100 |
1
200 |
1
400 |
1
200 |
1
000 |
Mexique |
100 |
100 |
156 |
169 |
187 |
193 |
173 |
174 |
| |
Autres
pays |
860 |
750 |
710 |
607 |
472 |
377 |
466 |
309 |
| |
Total
(arrondi) |
7
600 |
7
567 |
7
273 |
6
994 |
7
038 |
7
682 |
7
699 |
7
430 |
|
(Source : USGS)
|
|
Principales
productions mondiales de minerai de Mn (t brutes) - (Source :
BHP Billiton, 2002.) |
Etant donné les participations
nombreuses et parfois croisées des producteurs de minerai de
Manganèse, il nest pas inutile de présenter les
principaux producteurs de minerai, en terme de production contrôlée.
Le tableau suivant illustre la place relative des principaux acteurs
de loffre minière. On distingue ici " acteur " de " producteur " :
a titre dexemple, au Gabon Comilog est le seul producteur, qui
rassemble deux acteurs, Eramet et lEtat Gabonais, qui représentent
en prenant en compte leurs participations respectives dans le projet
minier 2.33 et 4.46% des parts de marché en 2001. Ce tableau
donne les tonnages bruts et ne prend donc pas en compte la qualité des
minerais.
|
Acteur
(hors Chine) |
Pays |
Production
minière contrôlée en 2001 (Mt brutes) |
Part
de marché
en 2001 (%) |
1 |
Etat
ukrainien |
Ukraine |
2.70 |
11.25 |
2 |
BHP
Billiton Ltd |
Australie |
2.23 |
9.29 |
3 |
Cia
Vale do Rio Doce (CVRD) |
Brésil |
1.53 |
6.38 |
4 |
Anglo
American plc |
Royaume
Uni |
1.49 |
6.21 |
5 |
Eramet |
France |
1.07 |
4.46 |
6 |
Ghana
Manganese Co Ltd |
Ghana |
0.81 |
3.38 |
7 |
Anglovaal
Mining Ltd |
Afrique
du Sud |
0.68 |
2.83 |
8 |
Ushkatyn
Manganese Mine |
Kazakhstan |
0.65 |
2.71 |
9 |
Assore
Ltd |
Afrique
du Sud |
0.62 |
2.58 |
10 |
Etat
gabonais |
Gabon |
0.56 |
2.33 |
11 |
Consolidated
Minerals Ltd |
Australie |
0.37 |
1.54 |
12 |
Grupo
Ferrominero |
Mexique |
0.30 |
1.25 |
(Source :
Raw Material Data, 2003.) |
La Figure
2 illustre les parts respectives des principales sociétés
exportatrices de minerai. Le groupe des plus gros producteurs
(BHP-Billiton, Eramet, CVRD, Assmang) rassemble de grandes multinationales
produisant et exportant une large variété de produits
et totalement intégrées verticalement. Les plus petits
producteurs sont centrés sur lexploitation dun
gisement et sont peu intégrés.
|
Figure 2: Principales
compagnies exportatrices de minerai de Mn ; BHP Billiton,
2002. |
Il faut remarquer que 80% du minerai exporté (" sea-borne
trade ") est de qualité HG (High Grade ").
1.3. La mine de manganèse en
Chine
La
Chine possède
actuellement les plus grandes réserves de minerai et produit
la moitié du minerai mondial. Mais, comme pour le minerai
de fer, le minerai chinois est pauvre. Ainsi en 2000-2001, les importations
chinoises de minerai de manganèse (riche) ont considérablement
augmenté. Les exportateurs ont cru à un effet de substitution :
les producteurs locaux dalliages au Mn. avaient recours au
minerai riche importé pour produire les alliages au meilleur
coût et destinés à la consommation locale. Mais
les exportateurs de minerai (souvent intégrés vers
laval dans les alliages), comprennent à présent
que les importations de minerai par la Chine croissent en même
temps que les exportations chinoises de ferromanganèse. Il
sagit donc pour les grands producteurs/exportateurs, intégrés à laval
de minerai, de limiter leur exportations vers la Chine car pour eux,
ce quils gagnent à lamont ils le perdent à laval.
La Chine sintéresse donc de prés aux producteurs/exportateurs
de minerai non-intégrés (Ghana, Kazakhstan), tout en
consommant également son minerai pauvre plus gourmand en énergie
lors du traitement, mais la Chine est moins regardante que les pays
occidentaux en matière defficacité énergétique.
1.4. Prix du minerai de manganèse
Les
prix pratiqués à la
vente de minerai sont en grande partie tenu secrets comme clause
de contrats à long terme. On peut cependant en suivre les
tendances grâce au prix de référence publié (prix
des ventes de minerai dAfrique du Sud vers le Japon).
|
Historique
des prix de référence du minerai ; Source :
CML, 2002. |
Les prix du minerai
est donné à lunité tonne
métrique : 1 mtu = 10 kg de Mn contenus. Pour obtenir le prix
dune tonne de minerai, il suffit de multiplier le prix en mtu
par la teneur en % : le prix dune tonne de minerai à 48%
de Mn et 2.44 $/mtu est de 117,12 $.
La tendance générale est à la
baisse en raison de la grande abondance de loffre. Les variations
du prix du minerai en fonction de la qualité sont très
importantes.
1.5. Flux commerciaux de minerai
Environ
30% du minerai produit (compté en
Mn contenu) voyage : 40% du HG produit et 16% du LG, mais retenons
que 80% du minerai exporté est du HG. Le minerai est soit vendu
et acheminé dans le cadre de contrats réguliers, parfois
au sein dun même groupe, soit vendu dans le négoce,
domaine plus diversifié et plus opaque (le négoce est
probablement important pour le minerai LG).
|
Flux
mondiaux de minerai (tonnes brutes) (Source : BHP Billiton,
2002 |
Les
principaux flux de minerai de Mn sont représentés sur la carte ci-dessus. Celle-ci
montre en particulier les trajets principaux du HG : lEurope
est le plus gros importateur (notamment par le minerai gabonais), devant
la Chine et le groupe Japon + Corée. LAfrique est le plus
gros exportateur de HG (mais ces données comptent le minerai
du Ghana qui est en partie du LG).
En
2001, la Chine est devenue le deuxième importateur mondial de minerai après lUnion
Européenne, avec environ 1,7 Mt importées.
2. Utilisations du manganèse
Mn est un absorbeur de soufre
et doxygène et par ailleurs, à haute teneur, un élément
dalliage du fer. Cela explique que Mn soit essentiel à la
fabrication de l'acier - qu'il intervienne dans le procédé lui-même,
comme agent de désulfuration et comme désoxydant permettant
de fluidifier le laitier - ou qu'il participe directement à la
composition de l'alliage. Mais Mn est aussi utilisé sous différentes
formes pour une myriade dapplications non métallurgiques,
pour la plupart chimiques : fabrication de piles, d'engrais, de
pigments et de divers réactifs, comme les permanganates...
2.1. Alliages : ferromanganèse
et silicomanganèse (environ 90% de la consommation de Mn)
On
regroupe dans la filière
métallurgique les applications sidérurgiques (largement
dominantes) et les applications dans la métallurgie dautres
métaux comme laluminium ou le cuivre. Ces applications
passent presque toutes par létape du ferromanganèse,
produit intermédiaire qui est au manganèse ce que la
fonte est à l'acier : il est composé de fer, de
Mn et de carbone.Pratiquement tous les aciers contiennent du Mn, dans
une proportion variant entre 0,05 et 2%. Mn accroît l'élasticité,
la dureté et la résistance à l'usure des aciers ;
il facilite également le travail de l'acier, empêchant
les craquelures lors du formage ou du laminage à chaud. Mn améliore
en outre sensiblement la soudabilité et intervient, de ce fait,
dans la composition de la plupart des matériaux de soudage pour
le fer et l'acier. Lors de la fabrication de lacier, on ajoute
le ferroalliage dans des doses ajustées en fonction de la qualité dacier
recherchée.Les aciers inoxydables contiennent ainsi environ
1 % de Mn (dans certains cas jusqu'à 4 et même 16 %).
Les aciers laminables à haute résistance mécanique
contiennent de 1 à 1,8 %, pour fabriquer des oléoducs,
des coques de navire
L'acier Hadfield, non magnétique
et très résistant à l'abrasion, contient 12 à 14
% de Mn et 1,25 % de C : il est irremplaçable pour les croisements
de voies ferrées.
On trouve essentiellement
trois familles de ferromanganèse (FeMn) :
|
Produit intermédiaire
|
Composition moyenne
|
Application
|
|
Ferromanganèse carburé (ou haut carbone, HC FeMn)
|
Mn : 76-80 %, Fe : 12-15 %, C < 7,5 %, Si < 1,2%
|
Usage courant
|
|
Ferromanganèse affiné (moyen carbone, MC FeMn)
et
Ferromanganèse sur-raffiné (bas carbone, LC FeMn)
|
Mn : 80%, C : 1 à 1,5 %
|
Aciers fins (tolérances étroites pour les teneurs
en éléments dalliage)
|
|
Sur-raffiné : C : ~0.1%
|
|
Silicomanganèse (SiMn)
|
Mn : 65-68 %, Si : 16-21 %, C : 1,5-2 %.
|
Alliages daluminium (famille des duralumins), et certains
alliages de cuivre
|
On pourrait ajouter aussi le " spiegel ",
alliage à très haute teneur en Mn, dont la demande sest
fortement réduite. On constate une substitution progressive
du HC FeMn par le SiMn en raison dune part des prix relatifs
et dautre part du fait quon parvient facilement au SiMn à partir
de minerais basse teneur (les plus courants localement).
2.2. Production mondiale dalliages
de Mn
|
Production
mondiale de ferroalliages de manganèse (kt) - Source :
USGS, 2002. |
La
production mondiale de ferroalliages est stabilisée autour
de 7000 kt/an, tous alliages confondus.
En
1997, la production mondiale était
de 7.275 kt et les 4 majors (BHP, Comilog, Ore & Metal and Samancor)
représentait13% du marché avec environ 950 kt/an. La
Chine produisait alors 1.965 kt et représentait 27% du marché et
le reste des producteurs se partageait les 60% restant. En 2001, alors
que la production a légèrement augmenté (+3.8%),
lorganisation du marché a considérablement changé :
les 4 majors ( BHP Billiton, Eramet Comilog, CVRD et Ore & Metal)
contrôlent à présent 22% du marché (+9% à 1.660
kt) et la Chine, en augmentant sa production de 15% a augmenté sa
part de marché de 3%. Le reste des producteurs se voit donc
réserver 48% du marché avec 3.623 kt soit une baisse
de 17%.Actuellement, la Chine produit environ le tiers du ferromanganèse
mondial, devançant largement lUkraine, lAfrique
du Sud, la Norvège, le Japon, etc. . La Chine possède
une capacité de production très excessive par rapport à ses
besoins. Selon des chiffres 2002 de ImnI, la surcapacité atteindrait
en Chine, 42% pour le HCFeMn et 52% pour le SiMn contre respectivement
32% et 22% au plan mondial. Ainsi, la capacité de production
totale de la Chine serait de 5.500 kt (brutes), consistant en plus
de 2000 entreprises comportant 30 hauts fourneaux et plus de 1000 fours électriques.
Par comparaison, la production 2000 a été de 4.030 kt.
et la demande nationale de 2.800 kt. Cette situation provoque une concurrence
très forte à la fois sur le marché national et à lexportation
où les produits chinois se heurtent fréquemment à mesures
antidumping prises par les pays occidentaux. Depuis 1999, le gouvernement
a pris certaines mesures destinées à rationaliser le
secteur mais leffet de ces mesures tarde à se faire sentir
sur les marchés.
2.3.
Consommation mondiale dalliages
de Mn
Les
ferroalliages sont commercialisés
sous forme concassée et transportés en vrac. Le principal
déterminant de la consommation est la production sidérurgique :
- Or la consommation
de Mn par tonne dacier
reste stable depuis les années 1990 : en moyenne 6 kg Mn /
t acier (elle était de 7kg dans les années 1970).
- La production
mondiale dacier est
quant à elle animée par la production chinoise : la
Chine assure aujourdhui 17.6 % de la production dacier
(les prévisions porte cette part de marché à 21.6
% en 2007) et 18.5 % de la consommation en (22.2 % pour 2007).
Suivants
ces déterminants, la
demande mondiale varie entre 4 et 6 millions de tonnes de Mn contenues
par an. En 2002, elle sélevait à 5,2 millions
de tonnes de Mn contenues.
La
figure suivante montre lévolution géographique récente de la
consommation de ferroalliages (pour la sidérurgie) :
la part de la consommation chinoise ne cesse daugmenter, aux
dépens de la consommation européenne (y compris Europe
de lEst et CEI).
Le tableau suivant (tonnes brutes) montre
les prévisions de la demande : une légère
croissance à court terme mondiale en SiMn (environ 1,8 % en
2003 et 2,2 % en 2004) et une certaine stabilité de la demande
en FeMn, carburé ou affiné.
2.4. Prix des alliages de Mn
Les deux figures suivantes
montrent lextrême
volatilité des prix des alliages de Mn et les disparités
géographiques observées sur la période début
1997à début 2002.
|
Evolution des prix
du HC FeMn ;
(CRU, 2002.) |
 |
Evolution des prix
du SiMn ; (CRU,
2002.) |
En
2002, certaines ruptures dapprovisionnement ont provoqué des hausses non négligeables,
mais, fondamentalement, ces difficultés nagissent que
sur le court terme et la tendance est à la baisse en raison
de la surcapacité. Le Mn nest pas côté au
LME et les disparités de prix et de variation sont conséquentes
dune région à lautre, comme le montrent les
figures précédentes.Les prix des alliages de Mn sont
restés bas jusquà mi-2002, malgré la reprise
de la consommation, du fait des stocks accumulés en 2001. Sils
se sont améliorés au troisième trimestre, cest
en raison de certains problèmes chez les producteurs (dont Eramet).
Cependant en fin dannée, les prix étaient de nouveau
en légère baisse du fait dincertitudes de la demande
et dune offre abondante.
Les
prix SiMn ont plutôt
augmenté en 2001 à cause de capacités inférieures
et du dynamisme des " minimills" en comparaison aux opérateurs
intégrés. Ces minimills sont des petites structures sidérurgiques,
généralement plus souples que les structures consolidées
: elles consomment volontiers du SiMn à partir du minerai pauvre
silicaté pour produire des produits à valeur ajouté maximale.
2.5. Applications
chimiques du Manganèse
Mn
est lélément
qui offre le plus de valences : de 2 à 7. Cest ce
qui explique la grande diversité de composés et applications.
Il peut se trouver sous forme de cation (MnO2, chlorure) comme danion
(MnO- - etc.)
Produit
fini |
Composant
Mn |
Propriété ou
usage du Mn |
Piles |
Oxyde (MnO2) |
Dépolarisant |
Electricité et électronique |
Ferrite
(alliage Fe) ; manganine (alliage Cu, Mn, Ni) |
Résistances
chauffantes
|
Agrochimie :
fertilisant, nourriture animale |
Sels |
Oligo-élément |
Construction :
pigments, colorants des briques et tuiles |
Oxyde |
Colorant
(noir) |
Verre |
Oxyde pur
(" savon des verriers) |
Polissage |
Pharmacie
et purification (murs ou eaux) |
Pergmanganate
(KMnO4) ; produits phytosanitaires |
Oxydant
violent ; algicide, bactéricide |
2ème débouché important
du manganèse (sous forme d'oxyde), le secteur des piles représente
environ la moitié des utilisations chimiques soit 5% total (environ
0.25 Mt/an). Dans les piles salines ou alcalines, MnO2 est utilisé au
pôle + en présence de carbone (graphite naturel ou noir
d'acétylène) qui augmente la conductibilité électrique.
Il est clair que lévolution de la demande dans les applications
non métallurgique na quun impact marginal sur le
marché global du Mn, mais les tendances sont importantes à léchelle
dune entreprise ou dune usine. La demande de dioxyde de
Mn électrolytique destiné aux piles alcalines est restée
faible en 2002 en raison notamment dune réduction des
stocks intermédiaires. Ce secteur avait connu un net recul en
2001 après deux années de forte croissance. Cest
le marché américain notamment qui enregistrait à ce
moment une baisse de 25%. La tendance à évincer le mercure
dans les piles favorise en revanche le recours à du MnO2 de
grande qualité. La production mondiale de dioxyde/an est de
l'ordre de 400 000 t moitié naturel, moitié synthétique.
Enfin, la production mondiale de permanganate est d'environ 40 kt/an,
la Chine étant un important exportateur. La demande de sels
et oxydes de manganèse destinés à lagriculture
est restée relativement stable. La demande augmente régulièrement
et fortement (4 à 6% par an selon Roskill). : 200 kt en
1997, 250 en 2002 et 300 kt en 2006. Loffre actuelle est donc
largement suffisante voire excessive , mais si aucune nouvelle capacité ne
démarre dici là on peut attendre un équilibre
limite en 2007-2008.
2.6.
Manganèse métal
Il
ne reste plus dans lindustrie du
Mn métal que 2 producteurs :
- MMC : Manganese Metal Corporation
(Afrique du Sud) avec deux usines et une capacité de
44 kt.
- La Chine, avec
notamment le futur leader :
Tycoon Corporation, Xiushan, qui devrait démarrer la plus
grande usine du monde de Mn électrolytique : 30 kt/a
de Mn. Cette implantation portera à 53 kt la capacité de
lentreprise et dépassera MMC, leader actuel.
En
2001, la Chine a surproduit à cause
de nouvelles capacités ou danciennes réouvertes à loccasion
de la montée des prix en début dannée. Ceci
a entraîné la formation de stocks importants qui font
actuellement gravement chuter les prix. En 2000, les usines avaient
fermé à linverse à cause des bas prix. Aux
Etats-Unis, les 2 usines ont fermé : Eramet en Octobre
2000 et Kerr-Mc-Gee en 2001. A lheure actuelle, la demande augmente,
particulièrement en Chine, à cause de lutilisation
dans lindustrie sidérurgique et dans lélectronique.
Si la Chine ne produit en 2002 que 160 kt, elle a une capacité effective
de 250 kt, ce qui est déjà excessif.La production mondiale
de Mn métal a augmenté de 63% entre 1997 et 2001, de
134 kt à 218 kt. Cest la Chine qui a de nouveau acquis
la place de leader, ayant presque triplé sa production :
69 kt en 1997 et 170 kt en 2001. La production du reste du monde a
chuté de près de 25 %, de 65 kt à 48 kt.
3. Synthèse et perspectives : surcapacités tout
le long de la filière Mn, instabilité des producteurs,
rôle prépondérant de la Chine
3.1. Equilibre Offre / Demande de Minerai
La
capacité mondiale
de production de minerai de Mn est largement supérieure à la
demande. En revanche, la consolidation du secteur permet une certaine
limitation de la concurrence. De même, lintégration
verticale, notamment pour les producteurs de minerai riche, ainsi que
les contrats à terme, permettent de limiter la surproduction
et les pressions à la baisse. En revanche il existe un réel
risque de substitution HG-LG : les deux types de minerai, depuis
peu entrent en concurrence. En effet, laffluence de minerai
pauvre presse à la baisse les prix de tous les minerais, ce
qui provoque une augmentation des importations de minerai (notamment
en Chine où les standards de qualité demandés
sont bas). Celle-ci entraîne à son tour une augmentation
de la production dalliages, une baisse des prix des alliages,
ce qui donne une pression à la baisse supplémentaire
sur les prix du minerai, et alimente un cercle vicieux en faveur du
minerai de type LG au détriment du HG. Cela risque disoler
la production de qualité en marge dune production massive
de qualité médiocre.
3.2.
Equilibre Offre / Demande dAlliages
Lindustrie sidérurgique
profite dune concurrence alarmante entre les producteurs de ferroalliages.
La
production chinoise dacier devrait
entraîner une augmentation de la consommation et de la production
de Mn. Selon Roskill, la production mondiale pourrait rapidement retrouver
des niveaux à 8.2 Mt de ferromanganèse (pic de 1996).
Lindustrie du Mn connaît de fait une certaine instabilité.
Alors que les prix des alliages ont sensiblement baissé depuis
les années 1990, ils ont forcé les entreprises à réagir
par la consolidation internationale et lintégration de
lamont à laval. Les efforts de réduction
des coûts et damélioration de la compétitivité ont
porté mais ils ont renforcé la concurrence pourtant déjà ardue.
Celle-ci a encouragé les producteurs à conserver coûte
que coûte leurs parts de marché ou pire à laugmenter.
Ainsi les prix ont-ils été encore poussés à la
baisse. Cette tendance se poursuit dans un cercle vicieux, au demeurant
classique, mais qui pourrait bien à terme mettre en cause les
installations occidentales et européennes en particulier, dont
les standards sociaux ou environnementaux sont bien plus élevés.
Si
la demande de ferroalliages nest pas en baisse globalement et si les perspectives de lindustrie
sidérurgique en 2003 sont encourageantes pour celle du ferromanganèse,
la surproduction est un risque réel étant donné la
surcapacité. Le marché mondial du Mn a en effet connu à la
fois une baisse des cours et une augmentation de la demande (+1.8%
de 2001 à 2002). L'industrie sidérurgique mondiale
a connu en 2002 une année de redressement avec une croissance
denviron 6% (3% hors Chine et 20% en Chine). La situation semble
meilleure quen 2001 mais les perspectives sont en réalité peu
prometteuses hors Chine. La consolidation de lindustrie sidérurgique,
si elle se poursuit, risque de fait daugmenter la pression sur
les fournisseurs de ferroalliages.A noter par ailleurs que, depuis
plusieurs années, la demande des sidérurgistes européens
s'oriente vers des produits plus élaborés et notamment
sur des alliages de ferromanganèses affinés à bas
carbone. De tels alliages sont produits par four électrique,
ce qui explique que l'usine de Boulogne d'Eramet a vu son débouché marchand
se réduire progressivement en Europe, s'éloigner géographiquement
et devoir alors affronter la concurrence des produits sud-africains,
brésiliens et chinois. LInstitut international du Mn mesure
les taux de surcapacité mondial pour chacun des ferroalliages
et ceux-ci sont alarmants : 36% pour HC FeMn, 29% pour SiMn et
23% pour MC/LC FeMn au plan mondial en 2002. Les perspectives pour
2004 ne sont guère rassurantes : respectivement 32%, 22%
et 17%, la baisse étant prévue essentiellement grâce à un
pic conjoncturel de la demande. Il est donc essentiel, du point de
vue des entreprises, de promouvoir une " rationalisation " permettant
de limiter ces risques de surproduction. Mais ces éléments
mondiaux cachent encore des disparités régionales :
-
LEurope
par exemple est certes surcapacitaire
en FeMn, mais elle est déficitaire en SiMn.La
CEI apparaît rarement dans ces statistiques et possède
une surcapacité conséquente au déclin de son
activité industrielle depuis 10 ans et aux installations " dormantes ",
dont le renouveau éventuel est craint par les industriels
occidentaux.
Ces
problèmes de
surproduction font craindre de véritables batailles commerciales
et les procédures antidumping passées ou en cours pourraient
bien se généraliser.
An
avril 2002 ladministration
américaine du commerce international par exemple a imposé des
mesures anti-dumping sur les importations de silicomanganèse
en provenance du Kazakhstan, de lInde, et du Venezuela. Les taxes
sélèvent à 247.88 % ( Kazakhstan), 24.62
% (Venezuela) et de 15.32 à 20.42 % pour lInde. Par le
passé, des mesures avaient été prises sur les
importations de SiMn en provenance de Chine et du Brésil (prolongées
en 1999) et dUkraine (rupture de la suspension des taxes obtenue
en 1994).