La Chine et le Japon
en compétition intense pour l’accès au pétrole
russe
N. Stolojan
En
1959, la découverte
d’importantes réserves de pétrole à Daquing
(voir carte) dans la province NE de Manchourie, a permis à la
Chine d’échapper à la dépendance énergétique
de l’Union Soviétique et à résister aux
pressions de son grand voisin pendant le long conflit qui a opposé les
deux géants du cap socialiste à l’époque
de la guerre froide. Mais actuellement les réserves du bassin
de Daquing sont en voie d’épuisement et la Chine doit
importer l’équivalent d’un tiers (environ 90 Mt.)
de ses besoins en pétrole. Au rythme actuel de la consommation,
les importations de pétrole pourraient atteindre 60 % des besoins
de la Chine en 2030. Pour cette raison, la Chine a placé beaucoup
d’espoirs dans le développement des champs pétroliers
russes de Sibérie orientale qui pourraient contribuer de façon
substantielle à satisfaire la demande sans cesse croissante
du pays, et en particulier celle de sa zone côtière en
plein boom économique.
Le
problème pour
la Chine c’est que le Japon a des visées similaires sur
la même région de Russie, encore largement sous-développée
et sous-explorée pour ses énormes ressources énergétiques
de la région d’Angarsk, prés du lac Baikal (voir
carte).
Actuellement,
deux projets de pipeline sont en compétition, l’un chinois (voie Sud,
Angarsk- Manzhouli- Daquing), l’autre japonais (Angarsk – Nakhodka,
par le Nord du lac Baikal).
Le
projet chinois prévoit
que Daquing devienne le terminal d’un double pipeline (pétrole
et gaz) de 2 300 km de long, grâce auquel la ville deviendrait
le centre de raffinage du pétrole russe d’Orient. Ce pipeline
pourrait fournir 20-30 Mt, soit jusqu’à un tiers des importations
chinoises actuelles de brut. Le coût du projet est estimé à 2-3
milliards de dollars.
Le
projet japonais, par la route du Nord, coûterait prés de 2 fois plus cher (5
milliards de dollars) et prendrait beaucoup plus de temps pour la construction.
Il ferait aboutir le brut au port de Nakhodka, d’où il
pourrait être exporté vers le Japon et d’autres
marchés (Chine incluse). Pour les russes, le projet japonais
présente néanmoins de grands avantages financiers, puisque
les japonais seraient prêts à investir des milliards dans
le développement de l’Extrême Orient, ainsi qu’à consentir
d’importants avantages commerciaux puisque la vente du pétrole
russe ne dépendrait plus d’un seul marché comme
c’est le cas dans le projet chinois. Il serait théoriquement
possible de raccorder la voie Nord à Daquing (voir pointillé en
rouge sur la carte) mais d’une part cela serait extrêmement
coûteux et d’autre part il n’est pas certain que
le bassin pétrolier d’Angarsk – encore relativement
peu exploré- suffise à ravitailler les deux destinations.
D’ailleurs, quel que soit le projet de pipeline finalement choisi
par les russes, le ravitaillement en pétrole au cours des premières
années du projet devra se faire à partir de champs pétrolier
déjà développés en Sibérie occidentale,
alors que pétrole d’Angarsk n’a encore jamais été exploité commercialement.
De nombreux observateurs pensent que la Russie a déjà choisi
le projet japonais, sans l’annoncer officiellement, alors que
le projet chinois a subi un grave revers avec l’affaire Yukos
puisque son principal promoteur en Russie était justement Mikhail
Khodorkovsky, Président de Yukos, actuellement en prison et
inculpé de fraude fiscale et détournements de fonds.Quelles
sont les alternatives qui se présenterait pour la Chine en cas
d’échec du projet de pipeline Angarsk-Daqing ? La
visite à mi-mai du président du Kazakhstan à Pékin
pourrait voir la signature d'un accord portant sur la construction
d’un pipeline de 1200 km reliant Atasu, au Kazakhstan, à Dushanzi
au Xinjiang chinois. Ce projet d’environ 3 milliards de dollars
pourrait démarrer l’été prochain, et pour
une durée de quelques années il permettrait d’acheminer
environ 20 millions de tonnes par an de pétrole kazakh vers
le NW de la Chine. Par la suite, les chinois devraient construire au
moins 3 à 4 000 km de pipeline supplémentaire pour acheminer
le pétrole vers ses régions côtières, ce
qui devrait coûter très cher.
Mais
il semble bien que la Chine soit prête a payer n’importe quel prix pour assurer
la sécurité de son approvisionnement énergétique
en hydrocarbures. Pour preuve, le pays va inaugurer d’ici la
fin de l’année un pipeline gazier de 4 000 km., entre
Lunnan au Xinjiang et Shanghai (voir carte). Il s’agit d’un
projet pharaonique qui a coûté 15 milliards de dollars
et peu importe finalement que le prix du gaz livré à Shanghai
soit plus élevé que celui d’autres combustibles
accessibles sur place – mais pénalisé par ailleurs
- tel que le charbon.