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Ressources minérales et développement durable

Par Jacques Varet, Directeur de la prospective au BRGM

 

Le développement accéléré de ces deux derniers siècles est largement dû à l'exploitation intensive des ressourcés minérales. Le développement durable ouvre un nouveau paradigme. Si des avancées scientifiques et technologiques considérables ont été réalisées, la recherche doit encore progresser afin que l'exploitation des ressources du sous-sol soit pleinement compatible avec les objectifs du développement durable.

Parmi les thèmes prioritaires relevant des problématiques du développement durable, la question des ressources minérales n'est pas toujours prise en compte. La "terre solide" constitue pourtant une dimension fondamentale du fonctionnement et de l'équilibre de notre planète. Mais l'homme d'aujourd'hui a tôt fait d'oublier que le développement extraordinaire des sociétés modernes a avant tout reposé sur l'exploitation accélérée de ressources minérales.

Le "club de Rome" avait justement alerté sur ce point dans les années soixante, mais les concepts qui ont suivi à Stockholm en 1972, à Rio en 1992 et Johannesburg en 2002, ont mis l'accent sur les questions environnementales et sociales plus que sur la bonne gestion des ressources de la planète.

À l'évidence, le système vivant est dépendant des ressources du sous-sol. Si certains gisements sont aujourd'hui épuisés, d'autres restent à découvrir. Pour cela, les géologues disposent d'outils de prospection, de modélisation et de gestion de l'information toujours plus puissants.

Mine d’or à ciel ouvert de Sadiola (Mali)

Sujet d'appropriation privée, avec une concentration accélérée dans les mains de quelques groupes multinationaux, les ressources minérales constituent un facteur déterminant pour le développement de certains pays, notamment du Sud. Une légère fluctuation du cours des matières premières peut donc avoir un effet déterminant sur l'économie de ces pays.

Globalement, la consommation annuelle mondiale de ressources minérales et énergétiques atteint 32 milliards de tonnes et 820 milliards d'euros. On distingue cinq grandes catégories : les matériaux de construction, les minéraux industriels, les métaux, les minéraux énergétiques et les substances précieuses (métaux et minéraux). Les valeurs respectives varient considérablement (Fig. 1).

La croissance de l'activité minière est continue et suit en grande partie celle de la population mondiale. Comment dès lors parler de développement durable concernant des ressources non renouvelables ? Bien que des gisements soient finis -on approche pour certaines substances (le pétrole entre 2020 et 2040, le gaz naturel quelques années plus tard...) de leur demi-durée de vie- de nouvelles découvertes renouvellent les stocks (Fig. 2). En outre, des substitutions de matières premières (minérales, métalliques ou énergétiques) sont engagées chaque fois que l'état des ressources, les conditions économiques ou les évolutions technologiques le rendent nécessaire. Enfin, concernant les métaux notamment, mais aussi les matériaux, le recyclage joue un rôle important. En effet, plus que la limitation des ressources, ce sont les déchets et les pollutions induites qui nous contraignent à réduire l'intensité en matière première du développement de nos sociétés modernes. Ainsi en est-il plus particulièrement du pétrole et du gaz confrontés simultanément aux problèmes de l'épuisement de ressources fossiles et du changement climatique induit par les émissions atmosphériques.

Les évolutions scientifiques et technologiques ont été nombreuses et rapides ces dernières années. En matière de connaissance et d'inventaire des ressources minérales, l'ensemble de l'information peut être mise à disposition des opérateurs et du public. De son côté, la recherche vise à la mise au point d'outils de reconnaissance, de traitement et de gestion des ressources, à la prise en compte des dimensions environnementales, économiques et sociales.

Un premier impératif pour un développement durable de la gestion du sous-sol est donc de disposer dans les pays concernés de moyens publics de recherche et de gestion de l'information. Cela implique un gros travail déformation et de construction de capacités techniques dans les pays du Sud qui ne disposent pas de cette information stratégique pour leur développement.

En outre, une gestion durable des ressources impliquerait la mise en place de dispositifs d'échanges d'information entre les pays et une capacité d'analyse stratégique et prospective globale qui ne peut être concentrée dans les mains d'un seul, comme cela tend à être le cas aujourd'hui.

Pour assurer une bonne gouvernance, "l'intelligence minérale" doit combiner l'acquisition de données géologiques, métallogéniques, économiques, sociales, environnementales, mais aussi la veille sur les politiques sectorielles, le traitement des informations résultant de ces veilles, un effort de communication et de vulgarisation.

Perspectives de recherche en partenariat pour le développement durable

Les besoins en recherche fondamentale pour construire un système cohérent d'accès à ces données portent donc sur les méthodes permettant d'intégrer les données géophysiques dans la construction des modèles, sur le développement des méthodes de datation ponctuelles des phénomènes géologiques et sur les connaissances géologiques de base. Les besoins technologiques concernent les levés géophysiques aéroportés, satellitaires ou géophysiques fondés sur des dispositifs au sol. L’instrumentation analytique dans le domaine de la géochronologie est également essentielle. Des outils nouveaux permettront le développement d'activités nouvelles : bases de données géoréférencées, interopérabilité, avancées sur la modélisation 3D.

Dans le domaine de la métallogénie, la recherche doit avancer sur les grandes synthèses régionales et sur les mécanismes de métallogénèse, mais aussi sur l'intelligence économique, les cycles de vie globaux des éléments métalliques, les liens avec les sciences humaines. Les besoins portent également sur le comportement thermohydromécanique de la croûte terrestre, la thermodynamique et la cinétique, l'imbrication entre phénomènes abiotiques et biogéochimiques.

Avec sa nouvelle revue « géosciences », le BRGM entend contribuer à l'illustration de l'apport des géosciences à l'édification d'une société qui assure une réelle prise en compte des impératifs du développement durable. Par ce premier numéro, nous entendons montrer que, même dans le domaine des ressources minérales, les résultats scientifiques, les recherches en cours, les moyens mis en Oeuvre pour faire connaître et partager les informations et l'expertise permettent de progresser en ce sens.

Salar d’Uyuni, immense étendue de sel (Bolivie

Bibliographie

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