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Nouveau pas dans la consolidation minière

Cette fois chez les mineurs d’uranium

Par J.M. Eberlé1

Constitution d’« Uranium One »

Deux compagnies minières canadiennes spécialisées dans l’uranium, UrAsia Energy et SXR Uranium Ore, ont annoncé un projet de fusion devant donner naissance à « Uranium One ». La transaction, si elle est acceptée, se fera par échange de titres à raison de 0,45 action de SRX pour 1 action d’UrAsia. La capitalisation boursière d’ « Uranium One » atteindrait 5 Md$ avec une répartition d’origine à 60 % ex-UrAsia et à 40 % ex-SXR.

L’objectif de la fusion est de créer un groupe minier de premier plan dont la capitalisation boursière de 5 milliards de dollars en fera la 2 ème capitalisation des groupes spécialisés dans l’uranium, derrière le leader canadien Cameco. Sa capacité de production attendue de 7 Mlb d’U 3O 8 en 2008 en ferait le 7 ème producteur mondial (fig. suivante).

Source : World Nuclear Association in Les Echos

UrAsia Energy est essentiellement active en Asie Centrale tandis que SXR Uranium Ore l’est en Afrique du Sud. Les deux compagnies ont actuellement cinq mines en opération. SXR détient Pichstone JV (Canada), Sheep Mountain et Shootaring Mill (Etats-Unis), Dominion Reefs Uranium Mine (Afrique du Sud) et Honeymoon (Australie). UrAsia détient South Inkai, Akdala Mine et Kharassan (Kazakhstan). Uranium One disposerait de 100 Mlb d’U 3O 8 en ressources indiquées et de 265 Mlb en ressources inférées, et pourrait atteindre une production de 11 Mlb/an en 2012.

Répartition 2005 des productions d’uranium par pays et principaux gisements

Les actifs miniers cités ont l’avantage d’être situés dans cinq des pays potentiellement les plus favorables, qui sont l’Australie, le Kazakhstan, le Canada, les Etats-Unis et l’Afrique du Sud (fig. suivante). La production d’uranium 2005 s’est élevée à 50 kt, en hausse de 6,4 % par rapport à 2004.

Production mondiale d’uranium 2005 par pays (Raw Materials Data)

Actuellement, la production mondiale vient d’une quinzaine de grands gisements (fig. suivante), dont les plus importants sont McArthur River (8,5 kt en 2005 ; Cameco 70 %-Areva 30 %), Ranger (5,9 kt ; Rio Tinto 68,4 %) et Olympic Dam (4,3 kt ; BHP-Billiton 100 %).

Principales mines mondiales d’uranium en 2005 (Raw Materials Data)

La sonnette d’alarme du prix spot

Le prix spot de la livre d’U 3O 8 a été plus que multiplié par quatre depuis le début de 2005 (fig. suivante), soit une hausse d’une ampleur comparable à celle du nickel. Notamment, le prix spot a plus que doublé depuis le début de 2006, se négociant actuellement vers 75 $. S’il est vrai que le prix spot reflète avant tout une tendance du marché qui aura une influence à terme (lors des prochaines négociations de contrats), la plupart des ventes contractualisées de long terme se font à des prix bien inférieurs quoiqu’un mécanisme d’indexation sur le prix spot puisse être inclus. Ainsi, les « prix réalisés » anticipés par Cameco pour l’année 2006 étaient de 18,25 $ pour un prix spot de 25 $, de 19,25 $ pour un prix spot de 35 $ et de 20,5 $ pour un prix spot de 45 $.

Dans le cas de la constitution d’« Uranium One », les synergies attendues permettraient au groupe de ramener le coût opératoire dans une fourchette 10-12 $/lb d’ici 2012.

Source : site internet UxC

Marché porteur

Cette fusion intervient à un moment privilégié en raison de la relance – amorcée en 2004 - de la filière uranium dans le contexte d’une forte croissance de la demande mondiale d’énergie, de l’intégration des facteurs développement durable et limitation des GES, et dans le contexte de la vague de consolidation en cours dans les domaines des matières premières minérales et énergétiques.

C’est donc un moment favorable où marché et prévisions de marché favorisent le lancement de projets, projets greenfield ou augmentations de capacités. En effet, la situation du marché devient très tendue comme le montre le graphique du site internet SXR (fig. suivante).

Source : site internet SXR

La croissance de l’offre d’U 3O 8 est bien inférieure à celle de la demande et le marché a compté jusqu’à présent avec l’appoint d’uranium provenant de retraitement de tailings ou d’uranium recyclé (dont celui des armes nucléaires neutralisées). Avec une demande en forte croissance et la diminution des stocks d’uranium démilitarisé, la nécessité d’une relance de l’exploration-production d’uranium primaire explique les investissements actuels.

Sources

(Financial Times : 13/02/2007 ; La Tribune : 13/02/2007 ; Les Echos : 13/02/2007 ; Mining Journal : 16/02/2007 ; Raw Materials Data ; Sites internet SXR et UxC)

1) J.M. Eberlé est géologue-économiste des matières premières minérales au Service REM du BRGM.

 
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