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LA PRODUCTION MONDIALE D ’ACIER

Données 2006 cf IISI et Metal Bulletin ; dégagement des grandes tendances

par A. Coumoul

 

1 - Introduction

L’année 2006 a été la troisième année à afficher une production mondiale d’acier brut supérieure à un milliard de tonnes. L’accélération de la production mondiale en tonnage est essentiellement due à la Chine qui a dépassé les 400 Mt en 2006. En termes de part mondiale, la Chine a également passé le seuil symbolique du tiers du total produit, tandis qu’en termes de flux, elle est devenue exportatrice nette. L’essentiel de ce commerce est encore circonscrit dans la « région Asie ».

La concentration dans le secteur sidérurgique – un des secteurs des minéraux et métaux parmi les moins concentrés - a été davantage remarquée hors de Chine où la constitution d’Arcelor-Mittal (n°1 mondial avec 118 Mt/an) et l’absorption récente de Corus par Tata Steel ont constitué un nouveau tournant historique de ce secteur industriel. Toutefois, forte de centaines d’entreprises et de près de la moitié des sidérurgistes mondiaux d’au moins 2 Mt/an de capacité, la filière chinoise a commencé sa consolidation avec l’objectif à court terme de constituer quelques groupes à plus de 30 Mt/an.

2 - La production mondiale d’acier brut a atteint 1 239,5 Mt en 2006, dont 419 Mt pour la production chinoise

Les statistiques fournies par l’International Iron & Steel Institute (IISI) ont montré pour l’année 2006 une progression de 8,8 % de la production mondiale d’acier brut, passée à 1 239,5 Mt. C’est 100 Mt de plus qu’en 2005 et c’est aussi une moyenne supérieure à 100 Mt par mois (tabl. suivant).

La production chinoise s’est établie à 418,8 Mt, soit une hausse, par rapport à 2005, de 18,5 % en pourcentage et de 65 Mt en tonnage, et une part mondiale passée à 34 %.

La hausse de production mondiale hors Chine, qui s’est établie à 4,7 %, résulte d’une multiplication de petites progressions en tonnages. Parmi les productions des neuf autres pays du « top 10 », à part le Brésil où la production a reculé de 2,2 % et la Corée du Sud où la production a progressé de seulement 1,3 %, les autres productions ont enregistré des hausses de 3,3 % (Japon, 116,2 Mt) à 7,6 % (Inde, 44,0 Mt). Pour la France, au 3 ème rang européen derrière l’Allemagne et l’Italie, la production 2006 a augmenté de façon marginale (+ 2,1 %).

Dans le périmètre de l’UE251, la hausse de production 2006 est proche de 6 %, à 198 Mt. On peut remarquer que l’UE25 est la seconde entité géographique et économique en termes de tonnages, derrière la Chine et devant la CEI et le Japon.

La répartition régionalisée2 (fig. ci-dessus) de la production mondiale d’acier brut a considérablement évolué en quelques années puisqu’il a fallu seulement trois ans à la Chine pour que sa production d’acier brut de 2003 augmente d’un tonnage équivalent au tonnage produit par l’UE25. La répartition souligne le rôle grandissant de la Chine (34 %) et celui de l’Asie (53 % Chine comprise) où se comptabilisent également les productions du Japon, de la Corée du Sud et de l’Inde.

3 - Impact de la filière acier sur les productions-consommations de fer et d’autres métaux

Tout en rappelant que le marché du minerai de fer est le premier marché mondial en termes de tonnage et de valeur du secteur minier, il faut aussi souligner que la filière acier absorbe en grande partie d’autres productions métalliques surtout sous forme de ferro-alliages. C’est en particulier le cas du nickel et du chrome entrant dans la composition des aciers inoxydables et du manganèse, essentiel à la fabrication d’acier en tant que désoxydant et en tant que métal allié principal pour les pièces d’usure (acier Hadfield).

Un ordre de grandeur de cet impact a été esquissé pour les principaux métaux alliés (tabl. suivant). D’autres métaux sont couramment employés dans les nuances d’acier, comme le vanadium, le niobium ou le titane, dont l’importance en tonnage reste faible.

4 - Principaux flux commerciaux d’acier brut en 2006

D’après les données de l’Iron & Steel Statistics Bureau (ISSB) rapportées par le Metal Bulletin, les flux commerciaux d’acier ont représenté des tonnages de 250 Mt en 2005 (22 % de la production mondiale) et de 283 Mt en 2006 (23 % de la production mondiale). Les données des douze principaux pays du côté des exportations et du côté des importations ont été comparées (figures suivantes).

Les principaux pays exportateurs en 2006 sont la Chine, dont le bond à près de 50 Mt est spectaculaire (+ 91,4 %), le Japon, la Russie, l’UE25 et l’Ukraine avec 30 à 35 Mt. Les principaux pays importateurs en 2006 sont les Etats-Unis et l’UE25 dont les importations ont fait un bond similaire de plus de 40 % par rapport à 2005, suivis de la Corée du Sud (+ 17,9 %) et de la Chine en net reflux (- 30,6%).

5 – Principales consommations apparentes d’acier brut 2005-2006

Le calcul des consommations apparentes à partir des données des chapitres 2 et 4 permet de comparer les résultats entre quelques pays ou zones économiques significatifs (fig. suivante).

Les consommations apparentes de l’UE25, des Etats-Unis et de Russie montrent les plus forts taux de croissance 2005-2006, respectivement de 12,9 %, 13,4 % et 13,3 %. La consommation apparente chinoise (au 1 er rang mondial) a progressé de 9,5 % ; le surcroît de production a été exporté, expliquant la hausse de 91 % des exportations 2006. Enfin, la hausse de consommation apparente d’autres pays est modeste, Inde (+ 5,4 %), Corée du Sud (+ 4,1 %), ou faible pour le Japon (+ 1 %).

6 - Bref panorama de la production et des flux d’acier chinois

Poussée par sa demande domestique, la sidérurgie chinoise a plus que triplé sa production en six ans (+ 229 %) alors que la production du reste du monde augmentait de 14 %. La hausse 2006 chinoise est de 18,5 % contre 4,4 % pour le reste du monde (fig. suivante).

D’après Sigurd Mareels (McKinsey & Co) qui estimait, fin 2006, à 325 Mt/an la surcapacité mondiale de production d’acier, la Chine compterait pour 120 Mt/an3 de ce total. Environ 265 Mt/an de capacités ont été récemment créées en Chine, dont 80 Mt/an entre 2005 et 2006. Quant à la production d’acier inoxydable, estimée à 3 160 kt en 2005, elle devait passer à 5 100 Mt en 2006 (+ 61 %).

Conformément à l’objectif gouvernemental de constituer des groupes industriels aux standards économiques actuels, les fusions ou absorptions se sont accélérées en 2006. Bien qu’un neuvième sidérurgiste soit entré dans les acteurs à plus de 10 Mt/an, les dix premiers du classement 2006 représentent 33,0 % (138,4 Mt) de la production nationale contre 33,7 % en 2005 (117,5 Mt). Cette apparente contradiction ne fait que prouver la difficulté de maîtriser une filière aux multiples acteurs, où les retombées de la concentration en termes d’emplois et de répartition des emplois à l’échelle chinoise sont lourdes de conséquences. En termes de tonnages d’acier brut, Anben serait passé n°1 en 2006 avec 22,55 Mt (fusion des sidérurgistes Anshan et Benxi) devant Baosteel avec 22,53 Mt, Shandong avec 22,03 Mt (fusion de Jinan et de Laiwu) et Tangshan avec 19,06 Mt. Baosteel, qui a confirmé récemment l’acquisition de 70 % du capital de Bayi Iron & Steel group (3,61 Mt), a l’ambition d’être le premier sidérurgiste chinois à 30 Mt/an, qui est le niveau des principaux concurrents japonais ou coréens. L’objectif gouvernemental est que les dix premiers sidérurgistes représentent 50 % du « marché » en 2010, soit des acteurs à 30-35 Mt/an de capacité moyenne, et 70 % en 2020, soit des acteurs à 90-150 Mt/an de capacité moyenne.

Les exportations chinoises d’acier, de 19 013 kt en 2004, ont augmenté de 35 % en 2005 et de 91 % en 2006, à 49 186 kt, faisant de la Chine l’exportateur mondial n°1. En conformité avec ces nouvelles capacités, les importations, de 32 596 kt en 2004, ont baissé de 18 % en 2005 puis de 30 % en 2006, à 18 602 kt. De balances importatrices nettes de 13 583 kt en 2004 et de 1 050 kt en 2005, la balance 2006 est passée à exportatrice nette de 30 584 kt.

Ce renversement de la balance chinoise des flux d’acier s’est produit en dix huit mois (fig. suivante). La balance s’est quasi-équilibrée de la mi-2004 à la fin 2005 pour devenir franchement exportatrice nette à partir du début 2006.

Les flux trimestriels fournis par le Metal Bulletin des différents produits d’acier distingués4 illustrent la montée en puissance des exportations durant l’année 2006 (fig. suivante), en particulier pour les produits plats (20,4 Mt) et les produits longs (13,9 Mt).

Avec logique, c’est vers des pays de la région Asie que l’essentiel du flux exportateur 2006 (58 %) est drainé (fig. suivante).

Les données relatives aux importations de produits d’acier montrent d’une part la prépondérance des produits plats (15,5 Mt en 2006), d’autre part la diminution généralisée des tonnages (fig. suivante).

La logique régionale des importations est encore plus rigoureuse puisque les principaux tonnages importés venant d’Asie représentent 83 % du total (fig. suivante).

Le bilan des flux (fig. suivante) montre le passage généralisé des produits distingués au statut exportateur net, y compris pour les produits plats dont la balance 2005 était encore largement négative (- 14,0 Mt).

7 - Aperçu des prix de l’acier en 2004-2005-2006

L’évolution des prix dans la filière acier (fig. suivante) dans la période considérée se marque d’abord par une configuration « en cloche » durant les 18 mois du début 2004 à la mi-2005. Puis elle montre une tendance générale redevenue franchement positive.

 

8 – Prévisionnel acier 2007 à 2010 : part chinoise et besoins correspondants en minerai de fer

Le graphique5 suivant a été construit d’après les prévisions de Peter Poppinga (CVRD, in Metal Bulletin du 5 juin 2006) pour la production d’acier et celles de Jim Lennon (Macquarie Bank, in Mining Journal du 16 février 2007) pour les besoins chinois de minerai de fer et le volume correspondant du seamarket d’ici à 2010. Ces prévisions sont basées sur une décélération brutale de l’outil de production sidérurgique chinois, correspondant au retour immédiat à des croissances annuelles de l’ordre de 6-5 %.

Cependant, l’IISI mentionne une production globale mensuelle d’acier brut de 107,9 Mt en janvier 2007, soit une hausse de 13,5 % par rapport à janvier 2006. La production chinoise a augmenté de 27,3 %, à 38,4 Mt, tandis que ses importations de minerai de fer ont augmenté de 31,9 %, à 35,9 Mt.

Il est probable que la programmation au 1 er avril prochain de la hausse de 9,5 % du prix du minerai de fer a eu un effet d’accélération des débits. Néanmoins, on voit que le scénario d’une croissance soutenue, voire encore forte, de la filière acier chinoise d’ici 2010 reste possible. Suivant les hypothèses, il faudrait ajouter 100 Mt, voire 200 Mt à l’estimation retenue à l’horizon 2010.

Sources principales de documentation – China Iron & Steel Association ; Interfax China Ltd ; International Iron & Steel Institute ; Iron and Steel Statistics Bureau ; Metal Bulletin ; USGS.

 

Géologue-économiste des matières premières minérales au Service des Ressources Minérales du BRGM. Contact e-mail : a.coumoul@brgm.fr

1) Après la fin de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, organisme précurseur de la construction européenne) en juillet 2002, le nombre d’Etats membres de l’Union Européenne est passé de 15 à 25 au 1 er mai 2004 et à 27 au 1 er janvier 2007.

2) Moins pour la CEI dont trois Etats membres sont européens, huit sont asiatiques et dont la Fédération de Russie est à la fois européenne et asiatique ; les Etats européens (Russie comprise) assurent près de 96 % du tonnage et les Etats purement asiatiques moins de 5 % du tonnage.

3) On ne sait pas quelle part de capacités obsolètes mais non définitivement exclues sont comptabilisées dans ce tonnage important.

4) “ Semis” (produits intermédiaires tels que brames, plaques…), produits longs et plats, tubes sont des formes tandis que le tonnage d’acier inoxydable est donné pour le distinguer de la masse principale des aciers “au carbone”.

5) Ce graphique a été construit avec quelques interpolations, notamment pour les données relatives à 2007 et 2009.

 
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