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Faits marquants du secteur minier en 2007

C. Hocquard, brgm, janvier 2008

On retrouve sur l’année 2007 la poursuite des grandes tendances constatées en 2006. Toutefois, on peut maintenant dire que la non perception de la notion de supercyle a eu trois conséquences selon Ernst & Yung (EYeSight).

Alors que les cours montaient, les analystes entretenaient encore en 2005 une vision pessimiste en annonçant un retournement de cycle prochain. De ce fait, par crainte du retour à des prix bas, les investissements miniers des majors, pourtant nécessaires, ont retardés. La poursuite de la forte demande chinoise a donc maintenu un fort déséquilibre offre-demande sur la plupart des métaux de base et ferreux, attestés par des niveaux de stocks faibles. Toutefois, pour certains métaux, l’offre minière augmente et commence à rattraper la demande (c’est le cas du zinc en 2007, et probablement du cuivre en 2008/9). Pour la même raison, les acquisitions de 2005 étaient encore bon marché (sousvalorisation des cibles). Mais en 2006 puis 2007, les surenchères ont été alimentées par les superbénéfices des majors minières (acquisitions en cash) et la perception croissante de la réalité d’un supercycle.

• Au niveau des sociétés minières, poursuite des fusions-acquisitions, fort impact conjoncturel des grèves, de la dérive à la hausse des investissements et des couts de production, impact probable du « crédit crunch » suite à la crise des « subprime », poursuite des acquisitions off-shore (gisements/sociétés) des sociétés minières et métallurgiques des pays émergents, en particulier chinoises et maintenant indiennes dans le monde (minerais de fer, d’aluminium, de cuivre). Les sociétés sont en mesure de faire les prix et non plus de les subir (« price maker/price taker »).

• Au niveau des Etats, on observe une montée des protectionnismes (« resource nationalism », avec des fiscalités durcies (imports sur les sociétés, royalties sur la production « windfall tax » avec indexation sur les cours des métaux), contraintes environnementales et surtout sociales croissantes, etc.

La poursuite d’acquisitions tous azimuts par les nouveaux majors émergents de gisements et de sociétés peut-elle constituer à terme une menace sur les approvisionnements ? Quelles menaces des fonds souverains dans le secteur minier ? Plusieurs pays (Chine, Corée, Japon) ont annoncé la constitution de réserves (stocks) stratégiques de métaux et/ou de minerais. Par ailleurs les Etats- Unis ont publié une étude redéfinissant leurs nouveaux métaux stratégiques.
Alors que les métaux stratégiques des pays émergents concernent le fer et des métaux d’alliages des aciers (manganèse, chrome..) en relation avec les infrastructures, urbanisation et industrialisation, ceux des pays développés sont de plus en plus axés sur « innovation » qui rime avec « nouveaux matériaux », composites, hybrides et alliages de métaux high tech.
La Chine consomme 30 à 35% de la demande mondiale de métaux de base et compte pour 60 % d’accroissement de la demande mondiale. Elle consomme maintenant 42% du minerai de fer commercialisé à l’international (contre 7% en 1990) et 25% du cuivre (contre 5% en 1990). Entre 2000 et 2007 la Chine a consommé :

• 65% de la demande additionnelle mondiale d'acier,
• 57% de celle de l'aluminium,
• 71% pour le nickel et
• 93% de celles du cuivre et du zinc.

Durant cette même période, la demande mondiale de métaux a crû au rythme annuel moyen de 4,3% avec le différentiel considérable suivant :

• La consommation chinoise : 18,1%
• Le « reste du monde » : 1,5%

Après les exportations, la forte demande domestique chinoise s’ajoute maintenant à l’export. 75% de la demande chinoise est aujourd’hui liée à la demande domestique (urbanisation, infrastructures, industrialisation, équipement des ménages urbains). L’Inde est en décollage imminent (= Chine - 7 ans, selon BHPB), ainsi que nombre de pays émergents (BRIC, mais aussi la Turquie, les pétromonarchies du Golfe, l’Afrique du sud, etc.).
Les mécanismes chinois de régulation ont par ailleurs des effets pervers : ainsi, l’annonce de fermetures réglementaire des petites capacités engendre en fait une course à la croissance. De même, les taxes à l’exportation engendrent une baisse des exportations, d’où une surproduction interne qui provoque une baisse des prix domestique, et génère un différentiel favorable par rapport au marché international, d’où une nouvelle vague d’exportation (exemple actuel de l’acier).
Au niveau des cours des métaux, des hausses record historiques des prix (or, platine, cuivre, nickel, plomb, étain, cobalt, etc.), avec de très fortes volatilités (nickel : de 49 000 $/t en avril à 27 000 $/t fin décembre ; zinc : de 4200 $/t en
mai à 2400 $/t fin décembre !). Le retour du plomb, qui marque bien que c’est la Chine avec ses presque 10 millions de nouveaux véhicules par an qui dicte aujourd’hui la croissance de la demande mondiale en métaux. Au fur et à mesure du rattrapage de la demande par l’offre, les stocks vont progressivement se reconstituer, mais de manière sélective de sorte que les métaux vont de plus en plus se désolidariser (bilan de l’année 2007 : en hausse : le plomb : +60%, l’étain : + 50%, et l’aluminium -15%, en baisse : le nickel : -25%, le zinc : - 50%).
Au niveau social, la demande en charbon se traduit par une recrudescence d’accidents miniers dans les mines souterraines de Chine, Russie, Ukraine et Afrique du Sud notamment.
• Au niveau de l’énergie et du changement climatique, le défi est tant au niveau des énergies renouvelables, que de minimiser les émissions de GES des énergies fossiles. Dans les deux cas, les nouvelles technologies « greentechs » concernées font appel à des nouveaux matériaux à base de métaux high tech qui dans ce cas peuvent être qualifiés de métaux verts.

- Batteries Li-ion (véhicules électriques et hybrides) : lithium et cobalt ;
- Catalyse (principalement automobile), mais aussi chimie et pétrochimie (GTL, CTL, Fisher Tropsh), future pile à combustible : platine, palladium, rhodium, ainsi que d’autres métaux ;
- Photovoltaïque (rendements supérieurs au seul silicium), Ecrans plats (boom actuel des téléviseurs LCD), Diodes (vraie lumière blanche, en substitution des ampoules à incandescence), Electronique : semi-conducteurs II-V, indium, germanium et gallium;
- Condensateurs (TIC, téléphones et ordinateurs portables) : tantale
- Aimants permanents (moteurs électriques des véhicules électriques : hybrides) : terres rares
- Superalliages (nouveaux moteurs avions) : rhénium et ruthénium
- etc.

Principaux faits marquants de 2007

Février

• Au Zimbabwe, le projet de loi envisage une nationalisation des sociétés minières via un transfert de 51% à des entités locales, dont 25% sans indemnisation.

Mars

• La province de Rioja en Argentine bannit toute exploitation minière à ciel ouvert. Barrick Gold, premier mineur d’or mondial, se retire d’un projet d’exploration.
• En RDC, une soixantaine de contrats miniers, passés par le gouvernement antérieur, font l’objet d’une « révision », provoquant une chute de 40% de la valeur boursière des sociétés minières concernées (Africo Res., Camec, Moto Goldmines, Brinkley, etc.). Fin 2007, les résultats n’étaient pas encore connus.
• Au Venezuela, après le pétrole, la nationalisation des mines se profile. Gold Reserve Inc. obtient néanmoins un contrat d’exploitation pour Las Brisas (gis. or).
• En Russie, deux explosions de méthane à la mine de charbon sibérienne d’Ulyanovsky provoquent le décès de 108 mineurs.
• En Russie, United Company Rusal devient le premier producteur mondial d’aluminium et d’alumine après l’acquisition de Sual et de l’ensemble des actifs aluminium de Glencore. Rusal a par ailleurs obtenu de Rosatom l’extension de la centrale nucléaire de Balakovo (2000 MW supplémentaires) pour alimenter une future fonderie d’aluminium de 1 Mt/an dont l’investissement est estimé à 6 G$
(2013).
• En Australie, suspension des exportations de concentrés de plomb au port d’embarquement d’Espérance pour cause de pollution, conduisant à la fermeture de la mine de Magellan (3% de la production mondiale). D’où une hausse des cours du plomb, tiré par ailleurs par la très forte croissance de la demande chinoise (20% sur l’année).

Mai

• En Bolivie, la nationalisation de l’ensemble des mines se traduit par le transfert de tous les permis miniers à la société minière d’état Comibol. Nationalisation sans indemnisation de l’usine métallurgique d’étain de Vinto (Glencore). Les contrats miniers déjà signés ne sont toutefois pas remis en question, tandis que le sidérurgiste indien Jindal obtient l’exploitation du gisement de fer géant de Mutun.
• En RDC, Glencore prend le contrôle de Nikanor pour 1,7 G$, qui fusionne ensuite avec Katanga Mining. Cette société pourrait devenir à court terme le premier producteur mondial de cobalt, dont le cours passe de 15$/lb (janvier) à 43 $/lb (décembre), en route vers les 50 $/lb.
• Au Canada (Saskatchewan), l’inondation accidentelle lors du développement de la mine souterraine d’uranium de Cigar Lake de la société Cameco retarde cet important projet de 18 Mlb/an, qui ne sera pas opérationnel avant 2011. Ce retard a contribué à la hausse du cours de l’uranium qui, en moins de deux ans, est passé de 7 $/lb à 138 $/lb (avant de se replier à 90$/lb au second semestre 2007)
• Au Canada, TeckCominco abandonne le développement du porphyre Cu-Mo de Galore Creek, en raison d’une dérive trop forte des investissements, de 2 à 5 G$.
• Le 18 mai, le cours du nickel atteint un plus haut historique (52 000 $/t), mais se replie ensuite à 28 000 $/t pour rester à ce niveau fin 2007. Le trader Sucden est sanctionné par le LME pour manipulation des stocks LME.

Juin


• Le russe Norilsk, premier producteur mondial de nickel, gagne contre Xstrata la l’acquisition du mineur de nickel australien LionOre, payé en cash 6,4 G$.
• La plus grosse acquisition historique dans le secteur minier : Rio Tinto, 3° major minière diversifiée mondiale, achète en cash pour 38,1 G$ le canadien Alcan, devenant devient ainsi le n°1 du secteur de l’aluminium, devant Rusal.
• Au Mexique, Grupo Mexico, suite à une très dure et longue grève, abandonne son projet d’investissement de 4 G$ à sa mine de cuivre de Cananea.
• Le chinois Chalco (premier producteur d’aluminium en Chine) se diversifie et gagne pour 792 M$ l’appel d’offre pour la privatisation de Peru Copper Corp., qui possède le porphyre cuprifère de Toromocho au Pérou.

Juillet

• Anglo American, 4° major diversifiée mondiale, prend 50% du porphyry Cu-Au géant de Pebble (Alaska) avec 7,5 Gt de réserves-ressources en minerai pour 1,4 G$. Un prix énorme alors que ce gisement situé dans une région à fortes contraintes environnementales et sociétales est à faible teneur et comprend une partie qui devra être exploitée en mine souterraine.

Août

• Acquittement du chef géologue John Felderhof au procès du scandale BreX de 1997 (où le « fabuleux » gisement d’or de Busang, avec plus de 100 millions d’onces d’or, n’était qu’une supercherie, et où les actionnaires ont été lésés de 5,7 G$). Une autre affaire d’altération des résultats analytiques est démontrée sur le projet chinois Boka de la junior Southwestern Res. Corp.

Septembre

• Newmont, major américaine 2° producteur mondial d’or, intègre le green index DJSI (Dow Jones Sustainability Index) qui inclue déjà Xstrata, BHPB et Rio Tinto.
• En Roumanie, les droits miniers sur le projet aurifère de Rosia Montana de la société junior Gabriel sont suspendus « indéfinitivement » suite à l’opposition des populations locales (déplacements nécessaires des villages).
• La Zambie, à l’instar de nombreux pays, revoit sa fiscalité minière et relève la royaltie de 0,6% à 3%, ainsi que l’imposition sur les revenus des sociétés (qui passeraient de 30 à 47%).

Octobre

• En Nouvelle Calédonie, Xstrata (qui a acquis Falconbridge en 2005) donne son feu vert pour le démarrage du projet de nickel latéritique (pyrométallurgie) de Koniambo dans le Province Nord (investissement affiché de 3,8 G$, mais qui pourrait dépasser 4 G$ !).
• En Nouvelle Calédonie, Vale (ex-CVRD), qui a acquis Inco en 2005, avance la construction du projet de nickel latéritique (hydrométallurgie) de Goro. Impacts sur les revendications des populations autochtones et l’économie de la province.
• En Australie, Xstrata poursuit ses acquisitions de sociétés moyennes avec la société minière australienne de nickel Jubilee pour 2,9 G$.

Novembre

• En Russie, Rusal se diversifie et acquiert 25% de Norilsk (cédés par l’oligarque Michael Prokhorov pour 15 G$ par échange d’actions).
• En Ukraine, une explosion fait 101 morts dans la mine de charbon de Zsyadco. • Le prix de l’or dépasse le plus haut historique de 850 $/oz du 21 janvier 1980 (qui, en $ actualisés dépasseraient 2000 $/oz)
• En Namibie, projet d’une charte de type BEE (Black Economic Empowerment qui en Afrique du Sud, impose le transfert de 14 % avant 2015, puis 24% avant 2015 aux « historically disadvantaged south african"), où 15% des sociétés minières étrangères seront transférées à des sociétés namibiennes.
• Annonce par BHPB d’une intention d’OPA par échange d’action sur Rio Tinto, offre rejeté par cette dernière. L’inquiétude monte dans les pays importateurs de minerai de fer (Japon, Chine) face à un major monopolistique comme le deviendrait BHPB-Rio après leur fusion, dans la mesure où le nouveau groupe contrôlerait 36% des exportations mondiales de minerai de fer (seaborne). Deux
sociétés (BHPB-Rio et Vale, avec 72% du seaborne, se trouveraient donc en position monopolistique Des inquiétudes similaires pour les concentrés de cuivre. Rio Tinto, pour contrer l’offre de BHPB, annonce une vague d’investissements miniers. Des rumeurs de contre-offre chinoise se font entendre (Baosteel, épaulé par le récent fond souverain chinois CIC, China Investment Corp., doté de 200 G$ de capacités financières), mais sont ensuite démenties.

Décembre

• L’Afrique du sud, qui a subit une forte baisse des investissements étrangers dans le secteur minier, révise à la baisse ses hausses de royaltie. Par ailleurs, une grève générale visant à améliorer la sécurité dans les mines est déclenchée suite à la première hausse depuis 15 ans du nombre de mineurs décédés (plus de 200). Des fermetures temporaires de mines concernent en particulier les mines de platine.
• Des plus hauts historiques sont atteints pour le baril de pétrole (nominal) : 100 $ ; le platine : 1542 $/oz ; l’or : 865$/oz …
• En France, sur l’année 2007, le CAC 40 reste stable, mais la valeur boursière de l’aciériste ArcelorMittal augmente de 73%.
• L’index « Morgan Stanley Capital International World Metal and Mining Index », sur lequel se basent nombre de fonds de pension, a gagné 40% en 2007 contre 7% en moyenne pour le marché global des actions (le fond « World Mining Fund » de BlackRock a ainsi gagné 15 000 millions de US$ en 2007).
• La capitalisation des 8 plus importantes sociétés minières mondiales (BHPB, Vale, Shenha, Rio Tinto, Anglo American, Chalco, Xstrata, Norilsk) a dépassé 1000 milliards de $.

Questions pour 2008

• Voici déjà 15 ans que la croissance du PIB de la Chine dépasse 8% par an. Sommes nous arrivés au milieu du supercycle ?
• Le découplage des économies des pays développés et des pays émergents devrait caractériser l’année 2008. La croissance globale et la demande en métaux sera plus que jamais tirée par la Chine et les autres pays émergents. Le déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale vers l’Asie se confirme. Quel sera l’intensité du « facteur chinois » en 2008 ?
• Les cours des métaux de base se désolidarisent également (cf. résumé), ils évoluent de manière de plus en plus spécifique pour chaque métal en fonction de la vitesse de rattrapage de la demande par l’offre minière (séquence zinc, aluminium, puis cuivre, nickel, etc. en fonction de la remontée significative des stocks exprimée en termes de
nombre de semaines de consommation).
• La crise des prêts hypothécaire révisables « subprime » s’étend au reste de l’économie américaine, provoquant un ralentissement économique, non plus conjoncturel, mais structurel (voire une récession ?). La baisse de la consommation en métaux qui va en résulter (chute de la construction et baisse de la production automobile) sera-t-elle en mesure de remettre les marchés en équilibre ?
• Les ruptures conjoncturelles d’approvisionnements (en particulier les grèves) vont-elles encore pouvoir longtemps freiner le rattrapage de l’offre minière ?
• Même en cas de baisse de la devise américaine, existe-t-il encore une possibilité réaliste pour qu’en 2008 les prix des métaux de base remontent aux niveaux historiques de 2006-2007 ?
• Les fonds de placement (hedge-fonds, fonds indiciels, fonds de pensions, private equity, fonds souverains), qui considèrent maintenant les commodités (dont les métaux) comme des actifs, ont enregistrés des bénéfices records sur les commodités en 2007, resteront ils en position longues (d’achat) sur le secteur des métaux ? jusqu’à quand ?
• De nouveaux dérivés (exchange trading funds ou ETF) ont été créés sur les métaux à faible production, comme précieux l’or, l’argent, et récemment sur le platine. Chaque ETF est gagé sur du métal physique, de sorte qu’ils contribuent ainsi à raréfier le métal (soustrait au marché) et participent maintenant de manière déterminante à la hausse de ces métaux.
• Dans ces conditions, quels sont les déterminants des cours des métaux aujourd’hui ? Comment estimer la part de la spéculation dans le cours de chaque métal ? Les cours des métaux peuvent se comparer à une balle qui rebondit dans l’ascenseur. La montée de l’ascenseur représente les fondamentaux structurels, à savoir la forte demande
chinoise très résiliente ainsi que le retard du rattrapage minier ; tandis que chaque rebond de la balle dans cet ascenseur représente la volatilité conjoncturelle, à savoir le jeu spéculatif et les arrêts de la production qui contribuent à tendre le marché.
• Au-delà de la très forte volatilité, quels sont les cours à long terme ? Quels cours des métaux prendre dans les études de faisabilité pour estimer les rentabilités des gisements à moyen-long termes ? A l’opposé des sommets spéculatifs, c’est la dérive générale des coûts du secteur minier (investissements, infrastructures, couts de production) qui déterminera de nouveaux prix plancher. Ainsi, pour faire face à la baisse des teneurs moyennes exploitées (par exemple pour le cuivre : 0,95% Cu aujourd’hui et 0,7% qui est teneur moyenne des nouveaux projets et qui sera la teneur moyenne exploitée en 2015), il faudra extraire davantage de minerai pour produire la même quantité de métal. D’où la dérive des investissements et des coûts de production conduisant à des cours plancher
plus élevés à long terme. Il y a bien sur des exceptions comme les gisements riches de la Copperbelt (RDC-Zambie) ou ceux de l’Udokan en Russie.
• Avec la baisse de teneur des gisements de cuivre, l’apport économique des sousproduits devient souvent essentielle (molybdène pour les porphyry andins, or pour les porphyry de la région pacifique des Philippines, cobalt pour les gisements de la copperbelt, uranium dans le type Olympic Dam, etc.). Ce qui peut conduire à des joint venture d’un nouveau type comme celle entre un spécialiste de l’or (Barrick) et du cuivre (Antofagasta Mining) sur un porphyry Au-Co au Pakistan.
• Les méga projets miniers à ciel ouvert sont-ils le futur minier ? Olympic Dam, de BHPB, un projet minier à ciel ouvert géant avec un investissement de 50 G$ ? Ce qui n’empêchera pas de repousser les limites de la mine souterraine, tant en profondeur qu’en capacités extractives par automation et block caving.
• Suite à la crise du subprime, Citibank indique que le resserrement des conditions de crédit pour les projets miniers se fera désormais avec des critères plus exigeants, ce qui affectera les projets à risques des sociétés juniors, et un sérieux coup de frein au développement de nombreux gisements médiocres, vulnérables en cas de retournement de tendance. Par ailleurs, la dérive des investissements (l’investissement dépasse 500 M$ pour une mine de cuivre de type porphyry, et 1 G$ pour une mine de nickel latéritique) est un frein aux nouveaux entrants. De nombreux gros projets miniers se situent maintenant avec des investissements estimés entre 1 et 5 G$.
• Avec les retards pris sur la plupart des projets (contraintes environnementales, négociations plus dures avec les gouvernements, pénuries d’équipements miniers, de personnel qualifié, etc.), la dérive des investissements et la restriction du crédit, les chutes de production liées au conjoncturel et aux grèves, etc. ; alors que la demande ne faiblit pas ou peu, car du coté de la demande, les fondamentaux sont résilients, il est probable que le rattrapage de l’offre minière soit plus lent que prévu
• Jusqu’à quel point les prix élevés des métaux affectent-ils l’industrie manufacturière aval (réduction d’usage et substitution signifient une destruction de la demande : cas du nickel (développement du « nickel pig iron » pour produire des aciers inox bas nickel) et du cuivre (substitution par l’aluminium, les tubes en pvc, etc.)?
• Le développement des capacités métallurgiques en Chine se poursuit à marche forcée tant sur le cuivre que l’aluminium (raffineries d’alumine). Il en résulte que les importations chinoises de métal se déplacent et se reportent maintenant sur les minerais (et les concentrés) dont les prix augmentent rapidement. La marge est plus que jamais au mineur. La Chine importe ainsi 50% de ses besoins en bauxite dont le prix a subit une hausse de 30% en 2007. Elle importe plus de 45% de son minerai de fer dont le prix ne cesse d’augmenter (hausse de 71,5 % en 2005/6, 19 % en 2006/7, 9,5% en 2007/8, et peut être jusqu’à 50% pour 2008/9 ?).
• D’où le rush actuel pour acquérir les derniers gisements non encore exploités dans le monde, en particulier l’Afrique. Cette situation peut-elle se poursuivre ? La redistribution de la carte des richesses minières mondiales se fait aujourd'hui, car il importe d'occuper, dès à présent, des positions stratégiques.
• A coté des majors occidentales, il faut aujourd’hui compter avec l’émergence de nouveaux géants miniers des pays émergents (Chalco, Minmetals, Shenhua, Tata Steel, Vedanta, Vale, Rusal, etc.). La concentration des majors occidentales vise sans doute à grossir vite à la fois pour garder leur position de n°1 mondial (pour rester visible sur les écrans des gestionnaires de fonds de pension) et aussi pour ne pas à leur tour devenir une proie.
• Les producteurs d’aluminium métal, dépendant du prix de l’énergie, construisent leurs nouvelles fonderies près des sources d’énergie (hydroélectricité ou gaz) et deviennent de plus en plus des producteurs d’énergie pour en contrôler le cout.
• Dans le même esprit, les sidérurgistes comme Arcelor Mittal, cherchent à maitriser l’approvisionnement de leurs intrants (minerai de fer, charbon à coke, ferro-alliages, chrome, manganèse, molybdène, etc.) franchissent le pas vers l’amont en devenant mineurs.
• Les majors diversifiées, toutes productrices de minerais en vrac (minerai de fer, bauxite, charbon, etc.), font face à la crise du transport maritime des vraquiers et se constituent de plus en plus leur propre flotte de minéraliers (type penamax).
• Pour croitre, les majors ne peuvent maintenant que fusionner entres elles, ou développer de manière organique leur portefeuille de gisements (notion de pipeline de projets). Une major ne met plus un gisement en production seulement parce qu’elle le détient, mais parce que le marché absorbera sa production. La discipline du secteur productif proviendra-t-elle de la concentration du secteur ?
• Malgré des dépenses d’exploration mondiale en hausse, et qui ont dépassé les 10 G$ en 2007, il est important de souligner l’efficacité moindre de l’exploration, non seulement en en raison de la dérive des couts, mais aussi et surtout du fait que les gisements affleurant de taille mondiale ont été pour la plupart découverts. L’exploration (menées majoritairement par des sociétés junior), se dirige des pays fortement explorés (« mature ») vers les pays qui le sont encore peu (« nouvelles frontières), qui sont aussi souvent des pays avec un risque géopolitique plus élevés.
• L’exploration minière des gisements cachés, en particulier sous des recouvrements plus ou moins conducteurs) nécessite une importante R&D afin de mettre au point des outils à la fois plus discriminants, plus performants et moins coûteux, car aucune nouvelle méthode révolutionnaire (technologie de rupture « breakthroughs ») n’a été découverte (applications terahertz ?), même si des progrès importants ont été réalisés pour accélérer et faciliter les travaux de terrain (analyse directe in situ grâce aux spectromètres X ray, les avancées auront lieu avec la géophysique aéroportées par drones, des sondages encore moins chers, plus rapides et plus profonds, et des logiciels de traitement (comme le « voicelogger », le GPS couplé à un système de management SIG de terrain ou de modélisation 3-D des gisements, etc.).
• Le développement de traitements, en particulier hydrométallurgiques, a permis de mettre en exploitation de nouveaux types de gisements qui ne l’étaient pas auparavant (la mécanisation pour l’exploitation en masse à ciel ouvert des porphyres cuprifères dans les années 60-70, la cyanuration en tas pour les gisements épithermaux d’or dans les années 70-80, la lixiviation acide en autoclave pour les latérites nickélifères limonitiques dans les années 90-2000, et demain la lixiviation par HCL en autoclave des concentrés pour les gisements sulfurés polymétalliques comme ceux de type Ni-Cu-PGM disséminé basse teneur. Par ailleurs les cours plus élevés à long terme permettent d’abaisser les teneurs moyennes d’exploitation et les gisements polymétalliques où les co- et sousproduits deviennent essentiels à l’économie de ces projets.
• Le recyclage de la matière secondaire est évidemment un sujet qui mérite à lui seul un dossier et qui ne saurait être traité en quelques lignes.

 
 
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