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Substances énergétiques - Charbon

Armand COUMOUL, Claude HEINRY

 

Situation de la France

En 2000, la production cumulée de houille et de lignite a chuté de 31 %, à 3,5 Mt (5,1 Mt en 1999). Avec les 0,6 Mt de " produits récupérés ", la production totale de charbon s’est établie à 4,1 Mt (Tabl. 4). La part des combustibles solides (houille, lignite, coke, agglomérés) dans la consommation totale d’EPC (corrigée des variations climatiques) s’est rétractée à 5,5 % en 2000, soit 14,1 Mtep, ramenant leur consommation à 23,1 Mt (- 3,8 %). Le poste principal de consommation, qui est la production d’électricité thermique, a baissé pour la troisième année consécutive : 48 % en 1998, 46 % en 1999, 45 % en 2000 (10,4 Mt). L’importation de combustibles solides a atteint 20,6 Mt (+ 8,4 %). Les principaux pays fournisseurs sont l’Afrique du Sud (4,8 Mt), l’Australie (4,2 Mt), les Etats-Unis (3,2 Mt), et la Pologne (1,1 Mt). A noter que la différence entre les 23,1 Mt et l’addition de 4,1 Mt + 20,6 Mt vient principalement d’usages internes aux entreprises concernées.

La production nationale des combustibles solides extraits par le groupe Charbonnages de France (CDF), suit une baisse inéluctable dans le cadre de la cessation d’activité programmée à l’horizon 2005 (Fig 2). La production de houille du bassin lorrain (HBL) s’est élevée à 2,54 Mt, et celle des bassins du Centre-Midi (HBCM) à 0,62 Mt, tandis que la production de lignite du bassin provençal (HBCM) a atteint 0,30 Mt.

Les réserves nationales sont estimées à 22 Mt de houille et 14 Mt de lignite au 1er janvier 2000, soit virtuellement 7 ans et 47 ans de production au rythme actuel, ou encore 1,5 an de consommation nationale de combustibles solides. Une autre source cite un chiffre différent pour la houille, 95 Mt, plus compatible avec les 170 Mt citées il y a une décennie. Ces chiffres reflètent une certaine prise en compte des critères d’économie de marché, alors que des ressources très supérieures estimées voici deux décennies (plusieurs centaines de Mt), traduisaient davantage un degré de connaissance des gisements. Le gisement de Lucenay-les-Aix (Nièvre), découvert dans les années 70 et resté inexploité, était donné pour 200 Mt de houille, qui n’apparaissent pas dans les réserves.

L’arrêt à terme de la production de charbon, décidée par les Pouvoirs Publics en raison des lourdes pertes enregistrées par le groupe CDF, et de l’absence de toute perspective d’amélioration, a débouché sur l’élaboration d’un " Pacte charbonnier " signé en 1994 par CDF et la plupart des syndicats. Ce texte prévoit la fin de la production nationale de charbon en 2005, et son accompagnement par un plan social et des mesures de soutien économique. Dans cette perspective, une stratégie a été mise en place à CDF, dont les volets principaux peuvent être ainsi résumés :

  • l’arrêt échelonné des exploitations dans le plus grand respect des considérations de sécuritéla remise en état des sites fermés, et la préparation des dossiers d’arrêt des travaux et d’abandon des concessions, conformément au nouveau code minier, pour libérer les terrains utiles aux projets de développement locauxla restructuration des activités non extractives, notamment par leur fermeture ou leur cession, suivant qu’elles sont non rentables ou rentables
  • le soutien à la reconversion industrielle des bassins miniers par un effort important d’aide aux économies régionales, grâce aux deux sociétés de conversion (filiales de CDF), qui sont SOFIREM (Société financière pour favoriser l’industrialisation des régions minières) et FINORPA (Financière du Nord-Pas-de-Calais), et à la FIBM (Fonds d’industrialisation des bassins miniers)

Le programme de fermeture progressive des mines est en cours. Après la fermeture des mines de houille de Forbach (Moselle), La Mure (Isère) et Carmaux (Tarn) en 1997, la mine de Blanzy (Saône-et-Loire) a fermé en décembre 2000. En 2001, ce seront les fermetures d’Alès (Gard) en janvier, d’Aumance (Allier) et de Decazeville (Aveyron) d’ici la fin du 1er semestre, marquant ainsi la fin des " découvertes " du Centre-Midi. Puis ce seront les fermetures des mines souterraines lorraines de Merlebach (Moselle) en octobre 2003, et de La Houve (Moselle) en juillet 2005, ainsi qu’il en a été décidé en novembre 2000.

Dans le bassin provençal de Fuveau (Bouches-du-Rhône), la mine souterraine de lignite de Gardanne, qui alimente la centrale thermique voisine d’EDF, fermera en décembre 2005. Sa production a chuté de 46 % en 2000, passant de 0,56 Mt à 0,30 Mt.

CDF est, de fait, fortement impliqué dans la mise en sécurité des anciens sites souterrains, la réhabilitation des carrières (découvertes), et la dépollution en général.

 

Le démembrement du groupe CDF a donné naissance à six filiales. La loi 94-588 du 15 juillet 1994 (reprise dans l’article 150 du code minier) l’a placé sous tutelle administrative et financière du Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, et a aboli son monopole d’importation. D’autres dispositions légales sont mises en place pour en pérenniser l’activité. CDF continue de produire du charbon et du coke. Concernant le coke, CDF est leader européen pour le coke non sidérurgique, grâce à ses cokeries de Drocourt (Pas-de-Calais) et de Carling (Moselle) dont la gestion reste précaire. Et grâce au CERCHAR (Centre d’Etudes et de Recherches des CDF), CDF a une place enviée dans le domaine des techniques de cokéfaction, dont les procédés mis au point sont vendus sous licence dans le monde entier, à l’exemple du procédé Coaltek.

La SNET (Société Nationale d’Electricité et de Thermique : 81,25 % CDF, 18,75 % EDF), est le pôle électricité de CDF créé en 1995. La loi électrique du 10 février 2000 lui permet de devenir un producteur d’électricité pérenne par sa faculté à fournir de l’énergie à des clients éligibles, et elle bénéficie du décret du 20 octobre 2000 autorisant l’achat pour revente. L’ouverture de son capital au profit de l’espagnol ENDESA, qui a gagné l’appel d’offres, a été acceptée en décembre 2000 ; ENDESA devrait récupérer 30 % du capital de la SNET.

Les autres filiales sont SURSCHISTE qui valorise les cendres de combustion des centrales thermiques de la SNET dont il dépend, AGGLONORD et AGGLOCENTRE pour la production d’agglomérés, TERRILS SA et TERCHERNOR pour la valorisation des terrils.

 

Production, consommation, prix et réserves mondiaux

La production mondiale brute a atteint 4 557 Mt (Tabl. 5), soit 2 626 Mtep. Les grands pays producteurs de houille et de lignite (Fig. 3c) sont la Chine (725 Mtep), les Etats-Unis (590 Mtep), l’Inde (201 Mtep), l’Australie (172 Mtep) qui est le plus gros exportateur, la Russie (152 Mtep), et l’Afrique du Sud (139 Mtep). L’Allemagne est le plus gros producteur et consommateur mondial de lignite.

La production mondiale commerciale comptabilisée par la revue annuelle BP sur l’énergie, est de 2 137 Mtep, dont 241 Mtep pour l’Europe, alors que la demande correspondante s’est élevée à 2 186 Mtep, dont 347 Mtep pour l’Europe.

Le prix du charbon sur le marché mondial s’est situé dans la fourchette 220-275 F/t, alors que la moyenne sur le marché ouest-européen a été de 257 F/t. En comparaison, le coût de production moyen français est estimé à près de 790 F/t, soit le triple, malgré l’augmentation du rendement ces dernières années.

Fin 2000, les réserves mondiales d’anthracite et de houille (hard coal des anglo-saxons), sont estimées à 509 Gt, dont un quart en Amérique du Nord et un autre quart dans les pays de l’ex-URSS. Les réserves de lignite (brown coal) sont estimées à 475 Gt. Soit, au total des réserves, 984 Gt (508 Gtep), représentant 232 ans de production au rythme actuel.

Le groupe Total-Fina-Elf est actif dans le secteur du charbon grâce à sa filiale TESA, qui exporte d’Afrique du sud vers la France 6 Mt/an, en provenance de mines achetées en 1998. Il s’agit des gisements de Doortsfontein (100 %), d’Elof (100 %) et de Forzando (50 %). Par ailleurs, le groupe a renforcé sa présence dans le commerce international en acquérant CDF-Energie en septembre 2000, principal négociant français sur le marché industriel (2 Mt).

 

Tabl. 4 : Production de charbon en France, de 1995 à 2000 (en kt)

Tabl. 5 : Production, consommation et réserves mondiales de charbon en 2000 (en Mt ou Mtep)
Fig. 2 Mines ou gisements de substances énergétiques et métalliques français métropolitains en activité (situation 2000).
Fig. 3c: Production mondiale 2000 de charbon et de lignite (Mtep).

 

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