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Substances énergétiques - Uranium

Armand COUMOUL, Claude HEINRY

ü Situation de la France

La production française d'uranium naturel, qui est en constante diminution depuis 1988, se terminera en 2001 avec la fermeture de la dernière mine en activité, Le Bernardan (Fig. 2), arrivée en fin de réserves. En 2000, la production d’uranium a diminué de 27 %, à 319 t (Tabl. 6) alors que les besoins nationaux sont de l’ordre de 8-9 000 t/an (8 900 t en 2000), couverts à 95 % par l’importation dont les flux précis sont soumis au secret statistique ; les cinquante-neuf tranches nucléaires en activité ont fourni 76 % de l’électricité produite.

Le Bernardan, dernier gisement français exploité (commune de Jouac, Hte Vienne), est opéré par la Société des Mines de Jouac (filiale à 100 % de COGEMA). Sa production de 319 t d’uranium est réalisée à partir de minerai extrait de travaux souterrains atteignant 400 m de profondeur, puis traité sur place.

Les réserves du gisement du Bernardan, dont le minerai est un des plus riches parmi les sites historiques français (teneur moyenne 5,5 kg/t, ou 0,55 %) ont souffert de la dégradation des conditions du marché en 2000, qui a précipité sa fin de vie. Découvert dans les années 60, le gisement a été exploité depuis 1978 par la société Dong Trieu, puis Total Compagnie Minière, puis COGEMA depuis 1993, et a fourni environ 8 000 t d’uranium. Un plan de fermeture est prévu, qui comporte trois volets, social (130 emplois directs à fin 2000), environnemental, et industriel de reconversion.

Le groupe COGEMA (Compagnie Générale des Matières nucléaires), seul opérateur français, est un spécialiste mondial du cycle du combustible nucléaire, et un des deux leaders mondiaux pour la production d’uranium naturel, avec le canadien CAMECO. Avec près de 7 000 t/an, COGEMA commercialise 20 % de la production minière mondiale.

La COGEMA, société anonyme (74,7 % CEA-Industrie, 14,5 % Total-Fina-Elf, 7,6 % ERAP, 3,2 % Caisse des dépôts et consignations), a déclaré en 2000 un CA consolidé de 39 012 MF (+ 18 %, mais à périmètre élargi), dont 45,3 % à l’international. Elle emploie 18 292 personnes. Sa branche mines (uranium et or) a réalisé un CA de 3 315 MF (8,5 % du CA global), et ses dépenses d’exploration et de développement ont atteint 93 MF.

L’activité du groupe a été marquée par la montée en puissance de la production d’uranium au Canada, le renforcement du reste de sa branche minière et métallurgique par l’absorption de COMINOR et par la hausse de participation dans ERAMET, enfin par sa fusion avec les groupes CEA-Industrie et FRAMATOME pour créer TOPCO.

 

La production d’uranium à l’international du groupe COGEMA est annoncée pour 6 911 t en 2000 (+ 38 %), en provenance quasi-exclusive du Canada et du Niger. Il semblerait que ce chiffre comprenne une part d’uranium-minerai " enlevable " par le groupe, alors qu’il s’agit ici de fournir une quote-part.

En Australie, la production de COGEMA (via Cogema Australia et Cogema Deutschland), est fournie par la mine Ranger, située dans les Northern Territories et opérée par Energy Resources of Australia (ERA). Au Canada, la production (via Cogema Resources) est tirée de trois mines localisées dans le bassin d’Athabasca (Saskatchewan) : Cluff Lake, McClean Lake, et McArthur River, qui sont caractérisées par des teneurs fortes à exceptionnelles. Au Niger, la production est fournie par la SOMAÏR, qui exploite le gisement d’Arlit, et par la COMINAK, qui exploite le gisement d’Akouta. Aux Etats-Unis, les activités ont été arrêtées ou cédées en 2000 ; la dernière production de la mine Christensen Ranch (Wyoming), à procédé par lixiviation in situ, a été estimée.

La production minière du groupe COGEMA, calculée à partir des taux de participation au capital et de sources d’informations croisées, avoisinerait 6 079 t, ainsi réparties (Tabl. 7) :

  • 218 t à Ranger (opérateur ERA 100 %, dont Cogema détient 5,8 %, Rio Tinto 68,4 % et Cameco 6,2 %), qui est une mine à ciel ouvert
  • 1 129 t à McArthur River (Cogema 30,2 %, opérateur Cameco 69,8 %) ; c’est le plus gros gisement mondial (185 000 t de réserves d’uranium contenu), dont la teneur exceptionnelle du minerai (17 % d’U3O8) nécessite une dilution avant traitement (!), et dont la production en exploitation souterraine a commencé en 1999
  • 1 616 t à McClean Lake (opérateur Cogema 70 %, Denison Mines 22,5 %) ; c’est la 1er année complète de production de la mine à ciel ouvert1 443 t à Cluff Lake (opérateur Cogema 100 %) ; les teneurs exploitées dans certains quartiers de la mine souterraine devraient permettre de repousser sa fermeture après 2001
  • 67 t en provenance de stocks à Key Lake
  • 35 t estimées pour l’ultime production à Christensen Ranch (opérateur Cogema 70,5 %)
  • 319 t pour la mine française du Bernardan
  • 600 t par la société Somaïr (opérateur Cogema 61,4 %t) ; le gisement d’Arlit, profond d’une soixantaine de mètres, est exploité à ciel ouvert
  • 652 t par la société Cominak (opérateur Cogema 34 %) ; le gisement d’Akouta, profond de 250 m, est exploité en mine souterraine

COGEMA a d’autres projets en cours. Au Canada (Saskatchewan), ce sont, principalement, Cigar Lake (37,1 %, Cameco 50 % ; 128 000 t de réserves), dont la faisabilité est en cours d’achèvement par le partenaire, et Midwest (70,5 % ; 13 500 t de réserves), dont le démarrage est reporté. Au Kazakhstan, sur le gisement de Muyunkum, une unité pilote de production est en construction. Les travaux de prospection effectués au Canada, en Australie (pays au plus fort potentiel uranifère) et en Mongolie se poursuivront en 2001, tandis que la prospection à Madagascar sera arrêtée.

Le groupe COGEMA est fortement impliqué en France, au Canada et au Gabon dans le réaménagement de sites miniers dont l’exploitation a cessé, en vue de les réinsérer dans leur milieu naturel.

Création de TOPCO. Décidé par le gouvernement français et annoncé fin novembre, le rassemblement des moyens de CEA-Industrie, COGEMA et FRAMATOME dans une société holding provisoirement dénommée TOPCO, vise à créer un grand groupe industriel, leader dans ses métiers et à fort potentiel de développement, notamment à l’international. La restructuration aura lieu autour de deux pôles, un pôle nucléaire, et un pôle des technologies de l’information et de la communication. Ce nouveau groupe, dont l’effectif sera de 45 000 salariés, devrait réaliser un CA consolidé de 10 milliards d’€, pour un résultat net part du groupe de 500 M€. Jusqu’à présent, la filière française de l’industrie nucléaire, avec ses principaux acteurs, se présentait de la façon suivante (Cogema est entré pour 34 % dans le capital de Framatome fin 1999) :

  • CEA : Etudes et recherches sur les réacteurs et sur le cycle du combustible nucléaire
  • FRAMATOME : Conception et réalisation des chaudières nucléaires
  • FRAMATOME et COGEMA : Conception et fabrication du combustible standard
  • COGEMA : Extraction du minerai, conversion et enrichissement, fabrication du MOX (mixed oxide), retraitement
  • EDF : Production d’électricité, réalisation exploitation et maintenance des centrales
  • ANDRA : Stockage des déchets

ü Production, consommation, prix et réserves mondiaux

La production mondiale d’uranium naturel a été de 34 746 t (Tabl. 6), soit un peu plus de la moitié des besoins des réacteurs (61 300 t). La part grandissante de l’uranium enrichi de recyclage, qui fournit la différence, génère le déséquilibre du marché de la production minière, déséquilibre aggravé par le ralentissement de la production tiré par la faiblesse des prix, le déstockage, et l’afflux de matières secondaires militaires des pays de l’ex-URSS. Dans ce contexte, l’arrivée en fin de vie d’un certain nombre de gisements alors que le prix du yellow cake (concentré d’U3O8) est descendu à 8,0-8,5 US$ la livre sur le marché spot (40 US$ il y a 20 ans !), fait craindre un désinvestissement des mineurs.

Les huit principaux pays producteurs représentant 91 % du total mondial (Fig. 4a) sont le Canada (10 682 t, 31 %), l’Australie (7 578 t, 22 %), le Niger (2 895 t, 8 %), la Namibie (2 714 t, 8 %), l’Ouzbékistan (2 350 t, 7 %), la Russie (2 000 t, 6 %), le Kazakhstan (1 740 t, 5 %), les Etats-Unis (1 456 t, 4 %).

Les réserves mondiales d’uranium s’élevaient, au début de l’année 1999, à 2 515 kt (récupérables à moins de 80 US$/kg). Environ 91 % de ces réserves sont localisées dans dix pays, qui sont l’Australie (607 kt, 24,2 %), le Kazakhstan (434 kt, 17,4 %), le Canada (326 kt, 13,0 %), l’Afrique du Sud (233 kt, 9,3 %), le Brésil (162 kt, 6,5 %), la Namibie (149 kt, 6,0 %), la Russie (141 kt, 5,6 %), les Etats-Unis (106 kt, 4,2 %), le Niger (71 kt, 2,8 %), et la Mongolie (62 kt, 2,4 %). En termes de ressources (récupérables à moins de 130 US$/kg), le total mondial passe à 4 416 kt d’uranium.

Tabl. 6 : Productions d’uranium naturel en France et dans le monde de 1995 à 2000 (tonnes)
Tabl. 7: Production minière d'uranium du groupe COGEMA en 2000 (principale source : World nuclear association).
Fig. 2 : Mines ou gisements desubstances énergétiques et métalliques français métropolitains en activité (situation 2000).
Fig. 4a : Production mondiale 2000 d’uranium naturel (tonnes).

 

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